La célébration du 75ème anniversaire du débarquement de Normandie a réveillé à nouveau les souvenirs de ce qui fut la plus grande opération militaire de tous les temps. S’il ne fait pas de doute que la participation des Américains fut déterminante dans l’issue de cette bataille, il ne faut pas pour autant négliger le rôle joué par des unités plus petites comme la Division blindée polonaise du général Maczek, la deuxième DB du général Leclerc ou la Brigade Piron.

   Peu après le succès de l’offensive allemande de mai 1940, les premiers contingents de soldats belges arrivent en Grande-Bretagne, bien décidés à poursuivre la lutte. À la fin de l’année ’40, le bataillon regroupe 825 officiers, sous-officiers et fusiliers. Les débuts sont difficiles, car le gouvernement britannique ne peut mettre à leur disposition qu’un matériel vétuste. Il faudra attendre mars ’42 pour que les Anglais considèrent les Belges d’un autre œil et leur confient la défense du littoral de la Manche. Le major Piron est alors nommé à la tête de ce qui est appelé à devenir le First Belgian Group. Il lui insufflera l’esprit nécessaire pour livrer bataille.

À l’automne ’43, il est décidé que le First Belgian Group ne participera pas à la phase initiale du débarquement. Cependant il reçoit de nouvelles auto-blindées et forme une unité indépendante avec batterie d’artillerie et compagnie de génie. Pendant que, sur les plages de Normandie, le débarquement a lieu, les Belges poursuivent leur entraînement. Enfin, le 29 juillet, l’ordre de départ arrive. Le 7 août, la Brigade Piron débarque au port artificiel d’Arromanches. Elle est intégrée à la 6th Airborne Division.

   Le 13 août, ils se trouvent face aux lignes allemandes et les premiers coups de feu sont tirés. Les Belges auront pour mission de libérer la côte, de l’embouchure de l’Orne jusqu’à Honfleur. Tandis qu’une bonne partie de l’armée allemande est encerclée dans la poche de Falaise, les Belges  poursuivent leur progression vers la Seine. Les mines allemandes causent des pertes parmi eux. À Cabourg, ils franchissent la Dives. La ville est déserte. À Auberville, ils tombent dans une embuscade et subissent de lourdes pertes. La Brigade demande l’appui de l’artillerie avant de poursuivre sa progression vers l’estuaire de la Seine. À Foulbec, où ils comptent franchir la Risle, affluent de la Seine, la brigade paie le prix de sa fougue. De violents tirs ennemis causent la mort de plusieurs soldats et font de nombreux blessés.

   Dans cette marche vers Le Havre, la Brigade Piron a donc joué un rôle déterminant en ouvrant la voie à la 1ère armée canadienne. Sans doute les Allemands n’étaient-ils pas assez nombreux pour résister, ce qui explique leur position de repli. Après avoir franchi la Seine, le First Belgian Group reçoit l’ordre de gagner rapidement la Belgique. Il entre dans Bruxelles le 4 septembre et reçoit un accueil enthousiaste. La brigade est renforcée par l’arrivée de 2400 volontaires. Avec l’aide des Américains, les Belges participeront à la libération de la Hollande.

  L’auteur, Hugues Wenkin, appuie son récit sur de nombreux documents et témoignages. Une abondante bibliographie en témoigne, ainsi que des illustrations. Il déplore que les mérites de la Brigade Piron n’aient pas été reconnus par le monde politique. Au cours de leur progression de Sallenelles sur l’Orne à Foulbec sur la Risle, les Belges ont perdu 27 hommes. 12 soldats ont sauté sur des mines. Ils ont affronté l’ennemi pendant deux semaines et ont parcouru 60 km en terrain miné, où le danger était omniprésent. Ce n’est sans doute qu’une petite pièce dans le vaste puzzle de la libération. Cette pièce était indispensable. L’ouvrage se termine par un itinéraire touristique reprenant toutes les étapes du chemin parcouru par la Brigade Piron.

Jacques Goyens