« L’Invitation au voyage » de Laurence Burvenich.

Propos recueillis par Michel Ducobu

Laurence BURVENICH  est née en 1973.  Elle a effectué sa formation artistique à Mons, à l’Ecole Supérieure des Arts Plastiques et Visuels. Elle habite à Dinant, donne des cours d’arts plastiques dans les académies des Beaux Arts  de Ciney, Dinant, Huy et Namur. Paysagiste et portraitiste, elle pratique un style qu’on pourrait qualifier de voluptueux et de charnel, autant dans ses portraits, ses nus que dans ses paysages débordant de vie, de contrastes et d’atmosphère. Une vraie « nature », dans tous les sens et la synesthésie du mot.  Une vaste exposition de ses dernières œuvres a eu lieu dans sa ville, au Centre Culturel, en automne dernier.

Un dimanche gris et froid de novembre à Dinant, et pourtant une symphonie de couleurs et le bruit des vagues, du vent dans le feuillage…On croirait que votre peinture est vivante, animée… Vous nous invitez au voyage sans aucun doute. Et pas n’importe où ! En Grèce, en Sardaigne, sur l’ île de la Réunion, à Madagascar… Des voyages imaginaires ou réels ?

Ce sont de vrais voyages ! En effet, je pars avec mon matériel, mes toiles, et parfois mes grands formats et planches si je parviens à tout mettre en soute… Je fais cela depuis des années, je peins en direct, à l’huile, avec un procédé que j’ai ajusté au fil du temps.

A regarder de plus près certaines toiles, on retrouve une atmosphère bien de chez nous, très wallonne, la chaleur non plus du soleil des Tropiques mais des hauts fourneaux… Vous n’avez pas oublié vos années d’Académie à Mons…

Inspirée par les usines de Charleroi et aussi par la philosophie de mon professeur Yvon Vandyck, je garde ainsi la tradition des peintres de Mons, précieusement, au fond de mon atelier.

Votre peinture est forte, charnelle, sensuelle, tout imprégnée de correspondances qu’on dirait baudelairiennes ou même fauvistes : on goûte la lumière, on entend le parfum qui parcourt les herbes sauvages, on voit le temps qui se dilate, qui éclate de partout, qui coule comme la lave multicolore d’un crépuscule sur la toile. Peinture de plein air ou mémoire encore enivrée au cœur de l’atelier ?

Les deux gestes se croisent… Je m’imprègne de moments vécus, je m’inspire de montages, de croquis et photos, ensuite les souvenirs d’une lumière réapparaissent, l’équilibre et la justesse des couleurs s’accordent à l’heure du travail intérieur…

On pense à Gauguin, aux belles créatures de bronze devant un paysage idyllique mais c’est votre fille, votre compagnon qui sont comme transfigurés et mis en scène. Votre technique a quelque chose de cinématographique.

Un arrêt sur image de mes meilleurs moments vécus, les doux souvenirs que l’on partage ensemble. L’envie de fixer ces instants privilégiés par mes couleurs, une fois pour toutes.

Et puis, surprise incroyable, vous apparaissez sous l’eau, en train de nager au milieu des coraux tout en transportant des céramiques…

Oui, une douce folie se manifeste à travers la céramique, mon envie qu’elles fassent partie du lagon, les réintégrer aux côtés des coraux et parmi les poissons…Un geste lié à la performance, à la mise en scène, un geste écologique surtout qui met en lumière l’état des coraux dans le lagon de Saint-Leu, à l’île de la Réunion.

Toiles, gravures, céramiques, vous avez exploité à fond vos séjours lointains et ramené des perles rares et réjouissantes… Les cales de votre avion devaient être pleines ? Ou bien vous avez navigué à bord d’un porte containers qui se prenait pour le Bateau ivre ?

Plus astucieux que cela encore ! La Poste française a acheminé mes colis remplis de tableaux sur bois, outils et céramiques, grâce à une relation habitant Givet et les toiles enroulées ont voyagé avec moi, dans les soutes d’un avion…

Ici, en Province de Namur, les cours ont repris néanmoins. Où enseignez-vous ? Vous embarquez parfois vos élèves avec vous ?

J’enseigne la peinture au sein des antennes de l’Académie des Beaux Arts de Namur, de Ciney, Huy et de Dinant. J’emmène mes élèves afin qu’ils apprennent la peinture sur le motif et toutes les astuces liées à ces techniques. Nous allons en Baie de Somme, en Grèce, en Espagne, à Cassis… Ils comprennent mieux comment préparer leur matériel pour le transport, comment s’installer sur place et les étapes de la mise en place du paysage. Un art paysagé contemporain est en marche…

Des projets ? D’autres horizons et rivages enchanteurs ?  La peinture toujours comme aventure ?

Toujours la peinture dans mes aventures, liée également à la gravure… Je pars en mars prochain au nord de la Grèce, en Epire, pour vivre une immersion dans les villages de pierres, les hautes montagnes, les canyons et les rivières sauvages, peut-être vais-je y rencontrer un ours brun, qui sait ?