Le patrimoine insolite de Wallonie1

 En Wallonie, 3957 biens dont environ 2800 monuments et 1200 sites sont classés. Parmi ceux-ci, il y a vraiment de tout, car il faut entendre le terme « patrimoine » dans le sens le plus large. C’est le Gouvernement wallon qui définit les critères de classement.

Certains biens revêtent un caractère exceptionnel de par leur ancienneté ou leur beauté, qu’elle soit naturelle ou culturelle. Cependant des centaines de biens moins remarquables méritent qu’on s’y arrête. Ce sont des sites naturels, des infrastructures comme des écluses, des industries comme celle de la pierre, des monuments insolites ou des musées qui sortent des sentiers battus.

Cet article a pour objet de faire découvrir ce patrimoine insolite, mais néanmoins riche d’enseignements sur notre passé, nos ancêtres  et tout ce qui a contribué à faire ce que nous sommes aujourd’hui.

Les sites naturels

Parmi les sites naturels, il en est qui sont restés tels quels depuis la nuit des temps ou, s’ils ont changé, c’est sous l’effet de l’érosion ou des phénomènes atmosphériques. D’autres en revanche ont subi une transformation de la main de l’homme.

Parmi les premiers, citons La boucle de l’Ourthe à Esneux. La nature a dessiné là un large méandre long de 6 km. Au sommet, à 120 m au-dessus du niveau de l’Ourthe, se situe la Roche aux Faucons. Là, ont été relevées les plus anciennes traces d’occupation humaine de la contrée, datant du Mésolithique. À Esneux subsistent aussi quelques vestiges de la forteresse de Beaumont acquise au XIIe siècle par l’évêque Henri de Leez pour surveiller la navigation en direction de Liège.

Entre Nismes et Couvin, à Viroinval, on observe un grand nombre de phénomènes karstiques. L’un d’eux est connu sous le nom de Fondry des Chiens. Il s’agit d’une sorte de gouffre creusé entre deux parois rocheuses. Il présente une profondeur de 20 m.

Les sites naturels transformés par l’homme sont nombreux en Wallonie, pour la simple raison de la relative densité de la population. La forme la plus élémentaire de transformation est l’échalier. C’est un aménagement qui permet aux piétons de passer une clôture, une haie sans toutefois permettre au bétail de s’échapper. Les différents types sont l’échelle, le portail et le tourniquet.

Les barrages constituent un exemple d’intervention lourde de l’homme sur la nature. Le barrage de la Gileppe fut conçu au milieu du XIXe siècle pour alimenter en eau la ville de Verviers. Il est surmonté d’un lion en grès de la vallée de la Sûre, œuvre de Félix-Antoine Bouré. Une promenade balisée permet de faire le tour du lac artificiel et de découvrir la forêt d’Hertogenwald.

De construction plus récente, les Barrages de l’Eau d’Heure se situent sur les communes de Froidchapelle et Cerfontaine. Construits dans les années 1970, ils sont constitués de trois prébarrages et de deux barrages. Le plus important, la Plate Taille, d’une longueur de crête de 790 m, est équipé d’une centrale hydroélectrique. Les 70 km de rives offrent de nombreuses possibilités pour la promenade ou la pratique des sports nautiques.

Près de Mons, le Site archéologique de Spiennes est en Europe un des plus anciens (6000 ans) et des plus vastes centres d’extraction de silex. Il est composé de galeries affleurantes et de puits de mines, répartis sur deux plateaux de part et d’autre de la Trouille. Un habitat Michelsberg, daté circa de 4400 à 3500, a été fouillé. La culture et l’élevage y ont été pratiqués. Un centre d’interprétation, le SILEX’S, y a été aménagé.

Dans le même ordre d’idées, on peut retenir les Grottes/cavités artificielles d’Orp-Jauche. Il s’agit d’un vaste réseau de galeries qui s’étend sur plus de 6 ha ; la marne extraite servait d’engrais pour les cultivateurs hesbignons. Les grottes ou galeries ont servi à la culture du champignon, mais aussi d’abri. Pour l’anecdote, elles servirent de refuge au XVIIIe siècle au célèbre détrousseur Colon. Une association organise chaque année L’Fiesse a Colon. Le site se visite le week-end.

À Dinant se dresse, en bord de Meuse, le Rocher Bayard. Ce bloc calcaire de 35 m a donné naissance à une légende, celle des Quatre fils Aymon, dont la monture s’appelait Bayard. D’après la Chanson de Renaud de Montauban, ces quatre vaillants chevaliers auraient escaladé l’aiguille rocheuse, arrachant du même coup un plus petit pic naturel. On sait depuis qu’en réalité ce pic fut enlevé par l’armée française sous Louis XIV.

Parmi les sites naturels aménagés, il y a bien sûr les parcs et jardins zoologiques. Pairi Daiza occupe l’ancien site de l’abbaye cistercienne de Cambron-Casteau. Différents bâtiments ont été restaurés et réutilisés dans un esprit inattendu. Par exemple, la crypte abrite des rapaces et des chauves-souris. L’ensemble s’intègre dans un cadre naturel de 55 ha entouré d’un mur d’enceinte.

Citons encore parmi d’autres les Jardins suspendus de Thuin ou l’Arboretum du Castel à Beauraing.

Ascenseurs du canal du Centre

Les infrastructures et industries

La Wallonie peut se targuer de posséder trois infrastructures remarquables sur son réseau de canaux. Les ascenseurs hydrauliques du canal du Centre datent de la fin du XIXe siècle. Édifiés entre La Louvière et Thieu, ils permettent aux bateaux de franchir en quatre fois une crête de 70 m de hauteur. Réalisés selon une technique audacieuse pour l’époque, ils font partie désormais du patrimoine mondial de l’UNESCO. Bien qu’ils soient encore utilisés pour la navigation de plaisance, les péniches de 1350 tonnes empruntent depuis 2002 l’Ascenseur funiculaire de Strépy-Thieu. De dimensions impressionnantes – 102 m de hauteur – cette infrastructure remplace à elle seule les quatre ascenseurs de l’ancien canal du Centre. Une dérivation de 12 km a été creusée à cet effet.

C’est une autre technique qui a été privilégiée pour le Plan incliné de Ronquières sur le canal Bruxelles-Charleroi : deux bacs de 91 m de long coulissent sur un plan incliné à l’aide de câbles et de contrepoids. Une tour de 150 m offre un panorama sur la région

Les sites miniers ont fait la prospérité et le prestige de la Wallonie aux XIXe et XXe siècles. Quatre d’entre eux sont reconnus par l’UNESCO : Blegny, Boussu, Marcinelle et Bois-du-Luc. Situé au centre du triangle Liège-Maastricht-Aix-la-Chapelle, Blegny-Mine est accessible aux visiteurs via le puits d’origine. L’exploitation a cessé en 1980.

À Boussu, le Grand-Hornu est surtout connu pour l’ensemble architectural initié par Henri De Gorge. Il comprend une salle des machines, un château et une cité ouvrière. Ce projet visionnaire du début du XIXe siècle s’inspire probablement des Salines royales d’Arc-et-Senans (France), avec lesquelles il présente des similitudes. Cinq puits de mines y ont fourni de l’emploi à des milliers de mineurs pendant un siècle et demi. Restauré après une période d’oubli, l’ensemble est aujourd’hui une référence de renommée internationale pour l’innovation, le design et les arts appliqués, sous le nom de Grand-Hornu Images. Le bâtiment des ingénieurs accueille quant à lui le Musée des Arts contemporains de la Fédération Wallonie-Bruxelles (MAC’s).

À Marcinelle, le Bois du Cazier est tristement célèbre pour la catastrophe du 8 août 1956, où périrent 262 mineurs, dont une majorité d’Italiens. Exploité de 1685 à 1967, le Bois du Cazier offre au visiteur, non seulement un lieu de mémoire, mais aussi un musée et une vitrine du savoir-faire humain et technique dans les domaines du charbon, du fer et du verre.

Le site du Bois-du-Luc à La Louvière recouvre l’ensemble des réalisations techniques et sociales de l’une des plus anciennes houillères de Wallonie (1685). Soucieux du bien-être matériel de leurs ouvriers, les propriétaires ont fait construire plus de 300 maisons. Ils y ont financé des équipements collectifs : écoles gardiennes et primaires, académie de musique et hospice. C’était un modèle complet de village industriel.

La faïencerie Keramis est emblématique du développement de la ville de La Louvière. Cette manufacture, établie autrefois au Grand-Duché de Luxembourg, s’installa à La Louvière lorsque la Belgique perdit le territoire grand-ducal en 1839. L’initiative en revient à la famille Boch, propriétaire de l’entreprise. En 2009, après sa fermeture, elle devint le Centre Keramis, à l’initiative de la Fédération Wallonie-Bruxelles. L’édifice ancien classé contient trois fours-bouteilles géants. Keramis a pour mission de valoriser les collections de la Fédération et de la Province du Hainaut.

La Wallonie n’a pas attendu la révolution industrielle pour s’intéresser au travail des métaux. Au début du XVIIe siècle, des Forges furent érigées à Mellier (Léglise). Des moulins à eau fournissaient l’énergie nécessaire tandis que le minerai venait de Lorraine. Après la Révolution française, elles furent récupérées par le duc Prosper-Louis d’Arenberg (1785-1861). Ce modèle de sidérurgie fonctionnant au charbon de bois dut céder la place au four à coke.

À Rebecq, le Moulin d’Arenberg date de la fin du XIVe siècle. D’abord propriété des seigneurs d’Enghien, il passa dans les mains des ducs d’Arenberg. La salle des machines abrite aujourd’hui le Musée du porphyre, cette pierre extraite à Quenast.

À Soignies, c’est une autre pierre qui est extraite depuis des centaines d’années dans les Carrières du Hainaut, la pierre bleue. Elle a fait la renommée de la ville de Soignies désignée Centre européen de la pierre bleue.

À Seraing, la Cristallerie du Val Saint-Lambert occupe les bâtiments de l’ancienne abbaye cistercienne. La manufacture fonctionna pendant plus d’un siècle. Dans les années 30, elle produisait cent mille pièces par jour et employait cinq mille ouvriers. Le château classé abrite une collection de cristaux du Val Saint-Lambert et son évolution artistique. Un parcours-spectacle retrace l’histoire du verre depuis l’antiquité.

Outre une Carrière, le village de Resteigne (Tellin) abrite le Château de Resteigne et son ermitage. C’est là que vécut au XIXe siècle Edmond d’Hoffschmidt (1777-1861), fils de châtelain et retiré du monde après une déception amoureuse.

Pour clore cette partie consacrée aux industries, citons Ardois’Alle (Vresse-sur-Semois), une des dernières ardoisières de Belgique. Utilisée comme matériau de couverture, l’ardoise est extraite d’une roche au grain fin et fissile, le schiste, que l’on trouve en Ardenne.

Champ mégalithique de Wéris

Les monuments insolites

À Bastogne, le Mémorial du Mardasson témoigne de la reconnaissance de la population belge aux soldats américains, tués lors de la bataille des Ardennes en 1944/45. Ce monument, œuvre de l’architecte liégeois Georges Dedoyard, présente la forme d’une étoile. Le fronton porte l’inscription latine populus belgicus memor liberatoribus americanis. La crypte est divisée en trois niches destinées aux trois confessions religieuses : catholique, protestante et juive. Elles sont décorées de mosaïques signées Fernand Léger.

À Couvin (Brûly-de-Pesche), dans la forêt de la Thiérache, se trouve le Bunker d’Hitler (Wolfsschlucht). Il servit de quartier général aux Allemands pendant la campagne de Belgique en juin 1940. La construction fut réalisée en deux semaines par 200 hommes de l’organisation Todt. Trois chalets de style bavarois entouraient le bunker. C’est dans l’église voisine, transformée en salle de cinéma, que fut rédigé l’acte de capitulation de la Belgique le 22 juin 1940. Les chalets ont été réaménagés en musée de la Résistance.

À Durbuy et sur les plateaux environnants se situe le Champ mégalithique de Wéris. Dolmens et menhirs se partagent un espace de 8 km de long sur 300 m de large. Ils datent du début du IIIe millénaire avant notre ère. L’ensemble paraît former un système en relation avec la course du soleil lors des équinoxes et des solstices. Les pierres sont en poudingue local, roche primaire présente à Wéris et dans les villages au nord de Wéris.

Nivelles – Jacquemart de la collégiale Sainte-Gertrude. On appelle jacquemart un automate représentant un personnage sculpté en bois ou en métal, qui indique les heures en frappant une cloche avec un marteau. Celui de Nivelles – 2 m de haut et 350 kg – fut offert à la ville de Nivelles au XVe siècle par le duc de Bourgogne Charles le Téméraire.

Tournai – Cathédrale Notre-Dame. La tour Brunin, l’une des tours de la cathédrale aux cinq clochers, a failli s’écrouler lors de la tornade du 14 août 1999. Cette fragilité est due à une faille géologique sur laquelle repose la cathédrale. Cette tour présente une inclinaison déjà ancienne à laquelle on remédia par la technique du jet-grouting. Les travaux ont duré 19 ans et la tour est maintenant stabilisée. Rappelons que la cathédrale Notre-Dame de Tournai est le monument religieux le plus remarquable de Wallonie par ses proportions, ses cinq tours et son style scaldien. Commencée au XIIe siècle, elle appartient à l’art roman, bien que certaines caractéristiques la rapprochent déjà du gothique.

Villers-la-Ville – Ruines de l’abbaye. L’abbaye cistercienne de Villers-la-Ville constitue l’un des témoignages les plus prestigieux de la vie monastique dans nos régions. Construite au XIIe siècle, elle a compté jusqu’à 400 membres, moines et frères convers. Désertée sous la révolution française, elle fut vendue et servit longtemps de carrière. Malgré son état de ruines, elle présente un grand intérêt en ce qu’on y trouve des vestiges de tous les bâtiments nécessaires à la vie conventuelle.

À Waismes, dans les Hautes-Fagnes, s’élève le Château médiéval de Reinhardstein. Le site fut déjà occupé par les Celtes, puis par les Romains, puis au Moyen Âge. Au XIVe siècle, Renaud de Waismes lui donna à peu près son aspect actuel, en développant un ancien château. Ensuite il passa de main en main jusqu’aux guerres napoléoniennes, où il fut vendu à un entrepreneur en matériaux de construction. Mais, après Waterloo, la région passa sous le contrôle de la Prusse, qui mit fin à sa démolition. Toutefois ce n’est qu’en 1965 que son nouveau propriétaire, Jean Overloop, entreprit la reconstruction du château en s’inspirant de gravures anciennes.

Terminons ce tour d’horizon des monuments insolites de Wallonie par l’évocation du Site de la bataille de Waterloo, sa Butte du lion, son Mémorial et sa Ferme d’Hougoumont. La conception du tumulus est due à l’initiative du roi Guillaume Ier des Pays-Bas, auxquels la Belgique était rattachée. La statue du lion est composée de neuf pièces en fonte, pesant au total 28 tonnes. Elle a été coulée par les établissements John Cockerill à Seraing. Le leo belgicus a été posé sur son socle de pierre le 28 octobre 1826. Au pied de la butte se situe le Mémorial consacré à la bataille proprement dite. Il a été rénové récemment avec tous les moyens techniques modernes. Le dernier vestige de la bataille est la ferme d’Hougoumont, qui fut l’enjeu de combats acharnés entre Français et Anglais. Les bâtiments restaurés sont devenus un lieu de mémoire et de réflexion, à l’aide de documents et d’une scénographie.

Ruines de l’abbaye de Villers-la-Ville

 Les beffrois wallons classés par l’UNESCO

Un beffroi est une tour dans laquelle se trouve une cloche prête à sonner l’alarme. Construits à partir du XIe siècle, les beffrois sont nombreux en Flandre, en Wallonie et dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. À la différence des donjons seigneuriaux, ils symbolisent la conquête des libertés civiques et la prospérité des communes. En temps de paix, la cloche sert à appeler le peuple aux délibérations communales, aux proclamations et exécutions des jugements. C’est aussi un lieu de réunion et de conservation des chartes communales.

L’UNESCO a inscrit au patrimoine mondial trente-deux beffrois de Flandre et de Wallonie, et vingt-trois autres situés en France. Parmi les beffrois de Wallonie, citons ceux de Binche, Gembloux, Mons, Thuin et Tournai. Binche est une des premières villes hennuyères à bénéficier d’une charte. Son beffroi a été construit au XIVe siècle. Il a subi de nombreux avatars avant d’être reconstruit dans le style Renaissance.

Gembloux a reçu une charte en 1123. Curieusement, c’est la tour de l’église Saint-Sauveur, construite au XIIe siècle, qui servit de tour de guet. L’église fut détruite sous l’occupation française, mais la tour, considérée comme bien communal, a été préservée. Dans les années 1960, elle a reçu un jeu de 47 cloches qui en font un carillon de concerts.

Le beffroi de Mons a connu bien des vicissitudes. Édifié à la fin du XVe siècle, il a été reconstruit au XVIIe siècle dans le style baroque. Il est également équipé d’un carillon. La visite s’enrichit d’un parcours muséal sur l’histoire, la reconnaissance par l’UNESCO, les carillons et les campagnes de restauration.

C’est à Thuin, que l’on trouve le seul beffroi construit sur une terre de la Principauté de Liège. Bien qu’accolé à un édifice religieux, il a toujours été considéré comme une tour communale. Comme à Gembloux, il a échappé à la nationalisation des biens de l’Église sous le régime français.

Tournai est considéré comme le plus ancien beffroi de Wallonie. Distinct de la cathédrale Notre-Dame, il témoigne de l’évolution architecturale au cours des siècles. La base date de la charte accordée par le roi Philippe-Auguste en 1188. Il a subi de nombreuses transformations.

Des musées et des collections insolites

Dans cette catégorie, on trouve un peu de tout. De l’espace gallo-romain, empreint du sceau de l’archéologie, au musée moins sérieux de la boîte en fer blanc, il y en a pour tous les goûts. Mais y a-t-il une gradation dans la valeur des objets ou témoignages du passé ? Non, le patrimoine, c’est tout ce qui révèle le quotidien de nos ancêtres et qui nous fut légué de génération en génération pour donner un sens à notre présent et peut-être éclairer notre avenir.

L’Archéosite d’Aubechies nous plonge dans notre lointain passé, nous rappelant ce que nous fûmes depuis le Néolithique jusqu’au IIe siècle avant notre ère. Il n’est pas vain de nous rappeler la vie de nos ancêtres, leurs croyances, leur travail, leur lutte pour la survie. Le monde gallo-romain est évoqué à l’aide d’une nécropole, une villa et un temple.

À Habay, la Villa gallo-romaine de Mageroy offre l’exemple d’une grande exploitation agricole au début de notre ère. À Rochefort, des fouilles archéologiques ont permis la mise au jour d’un ensemble presque complet de villa romaine en activité durant les quatre premiers siècles de notre ère : c’est l’Archéoparc de Malagne. Ce domaine est constitué de deux parties, la pars urbana (habitation, thermes et latrines) et la pars rustica (bâtiments agricoles). Le visiteur découvre de façon vivante la vie quotidienne d’il y a 2000 ans. Par exemple, on peut admirer l’ânesse Capucine tractant une moissonneuse gallo-romaine.

À Jemeppe-sur-Sambre, la Grotte de Spy  nous convie à une plongée bien plus ancienne dans le passé. Là des chercheurs liégeois exhumèrent deux squelettes humains dont la morphologie remonte à l’époque de Neandertal (40 à 50000ans). Un parcours scénographique a été mis en place.

Un peu partout en Wallonie, des musées de modestes proportions contribuent à la conservation des œuvres d’art. Ainsi l’Artothèque et le Mundaneum de Mons, le Musée gaumais de Virton ou le Centre d’Art contemporain de Montauban à Étalle. Citons encore le Lapidarium de Braine-le-Château et son pilori. Celui-ci constitue un témoignage rare de la manière dont la justice était rendue sous l’Ancien Régime. Il date du XVIe siècle, époque où la région vivait sous l’autorité de Maximilien de Hornes, chambellan de l’empereur Charles-Quint. Le lapidarium abrite soixante-six pierres tombales de la même époque.

À Viroinval se situe l’Espace Arthur Masson. On y remonte le temps jusqu’en 1932 en découvrant une classe de village ardennais. Un parcours-spectacle fait revivre la vie rurale de 1930 à 1960, dans la plus pure tradition des personnages créés par Arthur Masson, le Pagnol wallon.

À Ellezelles, l’Écomusée du Pays des Collines permet de découvrir les gestes du travail de la terre et le mode de vie rural des années 1850-1950. À Spa, le Musée de la Lessive et de la vie des Lavandières, nombreuses dans cette ville d’eaux, ressuscite l’évolution des techniques de blanchissage du linge en lien avec la condition de la femme.

Enfin la Wallonie peut s’enorgueillir d’une série de musées spécialisés : Musée des pompiers,  à Aubange, Musée-atelier du tabac à Bouillon, Musée de la rubanerie à Comines, Musée de la boîte en fer blanc lithographiée à Hannut, Musée du coticule à Vielsalm, et bien d’autres encore.

Jacques Goyens

  1. D’après Christine Renardy, Le patrimoine insolite de Wallonie, Agence wallonne du patrimoine