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Un mécène, un musée, un auteur : Van Cutsem, Victor Horta, Georges Rodenbach

Alors que La Piscine de Roubaix vient de rouvrir après rénovation et agrandissement, le musée de Beaux-Arts de Tournai, en attente de son expansion proche, réunit en un même hommage l’architecte Victor Horta, le collectionneur mécène Henri Van Cutsem et l’écrivain né Tournaisien Georges Rodenbach.

L’institution muséale fête son centenaire et les Archives et Musée de la Littérature, actuellement dirigés par un enfant du pays, Marc Quaghebeur, célèbrent leurs soixante années d’existence. Cette double occasion était bonne pour offrir au public des toiles récemment restaurées, des peintures rarement si pas jamais exposées, des objets témoignant d’une époque culturellement riche. Et ce, dans les espaces tels que Victor Horta les avait conçus : un patio central d’où rayonnent des salles rendues visibles et qui permet une circulation fluide tant du regard que des visiteurs.

L’écrivain symboliste

Rodenbach, bien que né à Tournai en 1855, n’y a guère vécu. Son bureau d’écrivain a été reconstitué permettant d’entrer de manière très posthume dans l’intimité de l’auteur de Bruges-la-morte. Lui-même, d’abord, apparaît tel qu’il fut. Aux allures de dandy sur les photos de Nadar, de Dornac ou à travers un dessin de Raffaelli, une toile de d’Anethan ; davantage négligé, comme au débotté dans un portrait signé Van Den Eeden.

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Parmi les objets, un petit coffre en bronze contenant des reliques de cheveux, pieusement conservés par sa mère et qu’il perpétuera sous forme d’un poème composé de quatre strophes, précisément intitulé Le Coffret. Puis une carafe et des verres en cristal à liseré doré, des assiettes en porcelaine décorées, une horloge de style Empire, un luxueux cendrier…

Mais sont exposés également des documents particuliers. Les livres publiés sont là en leur version originelle. Notamment sous forme de manuscrits. Celui de Bruges-la-morte bien entendu, plus des illustrations de Levy-Dhurmer. Ainsi, d’une nouvelle qui paraîtra dans Le rouet des Brumes, histoire inspirée par un tableau représentant sa bisaïeule tournaisienne. S’y ajoute Le Miroir du ciel natal et un roman d’amour moins connu, L’Arbre ; des mémoires inédites de son père, ultérieurement complétées par lui.

Voici encore une conférence à propos des portraitistes belges ; une autre, celle-là donnée par son épouse Anna, sur les Françaises engagées au service de leur pays, épouse qu’un portrait par Van Rysselgerghe montre à la fois songeuse et mutine, impression que confirme une esquisse crayonnée par Albert Besnard. Une partition d’un opéra adapté par le poète Richepin à partir du roman Le Carillonneur.

Ce qui ressort de la correspondance nous conduit dans l’environnement humain et mondain de Rodenbach. Pêle-mêle, des félicitations de Victor Hugo et des louanges de Mallarmé dont un éventail porte la trace manuscrite d’un poème, deux lettres de jeunesse de Verhaeren, une curieuse signée Félicien Rops communication au fils Constantin à l’occasion de sa naissance. À remarquer en particulier, un remerciement de Rodin parce qu’un article de Rodenbach avait pris sa défense dans Le Figaro lorsque la critique avait vilipendé sa statue de Balzac. Enfin, au moment des funérailles du poète, des messages du photographe Nadar, d’artistes tels que Cheret, Stevens et également un télégramme de Maeterlinck.

Ce dernier auteur, lui aussi appartenant à l’école symboliste, unique écrivain belge a avoir obtenu le prix Nobel, fait l’objet d’une toile prêtée par les Archives et Musée de la Littérature. Elle est due au pinceau du Tournaisien Fernand Allard L’Olivier et rend hommage aux personnages de son théâtre. Autour de La Princesse Maleine surmontée de  L’Oiseau bleu , on aperçoit l’horloge et la lampe voilée de  L’Intruse  ; on distingue les silhouettes de  Les Aveugles , la religieuse de  Sœur Béatrice, Ygraines et Tantagiles, etc.

À noter également, parmi les objets présentés, l’insolite présence du voile que la comédienne cantatrice Georgette Leblanc, compagne de l’écrivain, porta lors de la création de  L’Oiseau bleu . Cet accessoire de théâtre relie, d’une certaine façon, les autres œuvres consacrées à la représentation de la féminité au XIXe siècle. Il avoisine une toile de De Braekeleer montrant la résistance car elle représente Christine de Lalaing en train de protéger Tournai. Cette peinture, récemment restaurée grâce au Rotary Trois Lys, a pour opposé complémentaire la sensualité de la  Dalila  de Louis Gallait, très différente des monumentales réalisations de la veine patriotique historique chère à l’époque sur  La peste à Tournai  et  L’abdication de Charles-Quint , toujours présentes dans une salle proche.

Les artistes à l’œuvre

Les personnalités que fréquentait Rodenbach appartiennent au monde de l’art. C’est aussi celui du mécène Henri Van Cutsem, collectionneur averti, grâce à qui le fonds permanent de la principale collection du musée des Beaux-Arts est si important ; grâce à qui, encore, les bâtiments ont pu être réalisés par Victor Horta.

Le portait qu’a peint Louis Pion montre un homme qui semble avoir le regard vif et qui, devant la vie, esquisse un optimiste sourire. Sa femme, Léontine, sculptée par Guillaume Charlier, offre un visage d’une beauté plutôt courante, teinté de mélancolie. Elle mourut assez jeune. Leur fils Jean étant lui disparu à l’âge de cinq mois. Les chagrins engendrés par ces pertes accablantes paraissent avoir renforcé pour ce bourgeois le besoin de fréquenter des artistes, de suivre de près leur évolution et d’associer leurs œuvres.

Il leur apporta des soutiens autant moralement que pécuniairement. À travers sa correspondance, il apparaît que «ce qu’il attendait avant tout d’un artiste c’est qu’il produise un travail acharné ». Dans le legs que Van Cutsem fit à la ville de Tournai, il est des œuvres d’une rare qualité. D’abord deux Manet d’une éclatante luminosité. Chez le père Lathuille, scène de drague dans un restaurant de plein air, l’essentiel réside dans les regards qu’échangent le baratineur et sa désirée, tandis que le serveur semble observer le couple et le hors champ de la toile avec l’œil de celui qui suppute ce que sera la suite. Argenteuill se focalise sur un autre couple, à un similaire moment d’attente par l’homme d’une réponse de sa compagne ; et si le regard masculin se fixe vers elle, le sien paraît perdu au lointain en une sorte de perplexité insondable. Dans les deux cas, le décor de nature qui s’étend à l’arrière-plan est esthétiquement représentatif de la façon dont les impressionnistes ressentent et restituent l’environnement.

Une façon de créer qui se retrouve dans La pointe du Cap Martin de Claude Monet, huile plus rugueuse pour attester d’un lieu, à l’époque où il avait encore des allures sauvages. Mouvement des vagues et aspérités du rocher sont indiqués par des touches rondes pour les unes, sinueuses pour les autres. Une technique bien différente de celle de Rosa Leigh pour un sujet analogue et de Théodore Verstraeten Dans les dunes. Deux paysages où le terrestre et l’aquatique se confrontent sur fond de ciels de texture et de luminosité très différentes. Quant à Seurat, sa Grève du Bas-Butin à Honfleur, c’est une merveille de clarté qu’avive le pointillisme du peintre.
La lumière est bien présente, mais, ô combien !, retravaillée chez Van Strydonck. Celle, intimiste de l’éclairage artificiel du salon où siège la mère de Van Cutsem ; celle de la côte en la villa Quisisana de Blankenberge qui inonde la salle dans laquelle sont réunis des amis artistes autour de leur bienfaiteur. Chez Fantin-Latour, elle se transmute en une semi-pénombre propice à la méditation de Miss Budgett. Chez le De Braekeleer de L’Atelier, elle s’attarde sur les éléments essentiels du lieu mettant de la sorte en valeur le labeur du peintre et ses sources d’inspiration.

Les régionaux ne sont pas absents. Louis Pion, qui inaugurera le musée en 1928, laisse un réaliste Goûter aux champs peint d’après photo, procédé qu’il reprendra fréquemment bien avant sa réappropriation par les peintres du pop art. Léonce Legendre étale un nu presque symboliste. C’est grâce à lui d’ailleurs que la collection finit par atterrir à Tournai : le fonctionnaire bruxellois qui devait l’accueillir à Bruxelles ayant refusé le legs parce que cette Nymphe de Capri avait choqué son puritanisme.

Le sculpteur Guillaume Charlier appartenait à la bande de familiers de l’amateur passionné. Adepte du réalisme social alors en vogue, il laisse Un mendiant sur l’estacade, un pêcheur, deux personnages confrontés au Déluge. Son souci d’émouvoir se traduit par des détails d’expression des visages et des habits.

Cette expo rend hommage au passé. L’avenir du musée des Beaux-Arts appartient, lui, désormais aux travaux de rénovation et d’expansion. Ils tenteront de pallier les erreurs commises par Horta qui semblait, par exemple, avoir oublié que si les verrières apportent une lumière propice au regard à porter sur les œuvres, elles surchauffent en été et refroidissent l’endroit en hiver. Les salles nouvelles devraient, elles, permettre d’exposer davantage car nombre de créations dorment indéfiniment dans les réserves depuis toujours.

Informations:

L’exposition « L’œuvre au miroir des mots » est visible au musée des Beaux-Arts, Enclos Saint-Martin à Tournai jusqu’au 6 janvier 2019. Infos : 069332431 ou http://www.aml-cfwb.be/musee/expositions
Catalogues : « L’œuvre au miroir des mots » : « L’univers de Georges Rodenbach » vol.1, 92 p. ; « Henri Van Cutsem, un mécène » vol.2, 86 p., Bruxelles, Archives et Musée de la Littérature, 2018.

Légendes des photos :
Georges Rodenbach photographié par Félix Nadar © AML (MLCO 00091-0003-002-01)
Éventail d’Anna Rodenbach avec dédicaces de Stéphane Mallarmé, Pierre Puvis De Chavannes, James Abbot McNeill Whistler © AML (MLCO 00093-R et MLCO 00093-V)

Michel Voiturier