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André Dartevelle – Si je meurs un soir – Mémoires – éd. du Cerisier – 277 pages – 16 €

Ce livre a été écrit in extremis et en est d’autant plus attachant.  André Dartevelle a en effet préféré consacrer le temps qu’il lui restait à vivre à écrire et peaufiner ses mémoires, plutôt que de poursuivre contre le cancer une lutte perdue. Il profite de « cette folle liberté d’écrire » qui lui est donnée pour faire une sorte de bilan de sa vie, livrer un inventaire commenté par lui-même de ses très nombreux films et parler de son parcours privé et professionnel. Après avoir entamé des études d’histoire pour « maîtriser le nazisme et la guerre », il a privilégié ensuite le journalisme et le cinéma plutôt que le travail solitaire de l’historien, pour la communication, essentielle à ses yeux, pour compenser sans doute le « manque de parole » dont il a tant souffert dans son milieu familial. On lui doit des films sur la Guerre et la Résistance – où son père était actif – mais aussi de nombreux documentaires sur des sujets variés, et des reportages sur les conflits contemporains (Moyen-Orient, Espagne, Amérique centrale), sur la classe ouvrière, etc.

Journaliste – reporter – cinéaste, il se dit « témoin au sens fort du terme », pour « comprendre et expliquer les réalités humaines », par l’image, toujours très parlante, mais aussi par des interviews informelles, donnant la parole à chacun, dans un souci d’authenticité à travers des témoignages vécus. Il se dit « docteur de la parole » : « Je plaçais mes interlocuteurs face à moi et face à eux-mêmes. Le développement de l’entretien les projetait au centre du film. Rien n’avait plus d’importance qu’eux. C’est le sentiment que je tentais de leur faire vivre. C’est leur parole que je libérais, qui devenait moyen et fin, éveil, devenir.  Souvent, l’émotion les gagnait et les transportait hors d’eux. Mes silences résonnaient en questions muettes. Ils les aidaient à réfléchir et à découvrir des réalités cachées inexprimables. Est-ce que je les aidais ? Sans aucun doute. ».

Il voyait dans son travail une parenté avec l’art de la fresque, « parce que l’exécution en est très rapide et que tout doit être pensé et préparé avant de saisir les pinceaux et les couteaux. Il en allait de même avec cet art du cinéma sur les vérités humaines. ». André Dartevelle vivait à chaud et dans l’émotion les sujets qu’il traitait, ce qui n’excluait pas un vrai travail de professionnel, salué d’ailleurs par plusieurs prix.

Mais, dans son désir de défense de toutes les libertés, désir de dévoiler et de dénoncer, il choque quelquefois les sensibilités et les opinions, il se heurte parfois à des contestations face à ses films très « réalistes ». Il lui est arrivé aussi de prendre des risques physiques lors de ses reportages en zone de conflit, comme à Beyrouth et il a côtoyé de près toutes formes de violence. Un seul regret, peut-être, c’est d’avoir privilégié sa vie professionnelle si riche au détriment de sa famille, reproduisant le schéma de manque de communication dont il avait lui-même souffert. D’où le  besoin d’adresser à travers ces mémoires un message à tous ceux qu’il a côtoyés de près ou de loin sans avoir peut-être assez échangé avec eux. « On peut grandir jusqu’à la mort. » nous dit-il. Et agir jusqu’à la mort. C’est ce qu’il a fait et, comme l’écrit Hugues Le Paige dans la belle préface qu’il lui consacre, « ces mémoires sont peut-être la véritable clé de compréhension d’une œuvre immense et protéiforme dont les quatre piliers fondateurs sont l’histoire, le journalisme, le reportage et le documentaire. L’œuvre d’un « cinéaste résistant », comme il se définissait lui-même. »

Isabelle Fable