Françoise Lison- Leroy Terre meuble ill.de Geoffrey Delinte éditions L’Ail des ours collection Coquelicot (2025,48 pages, 12 euros)

Une « terre meuble » est propice, la plupart du temps, à recevoir de nouveaux printemps.
La vie parfois, quand elle se rappelle l’enfance, peut paraître exprimer un grand jeu. Qui sait d’ailleurs si ce n’est pas exact tandis que nous n’en connaissons pas tous les rouages.
« Ne jamais t’oublier » lu sur une ardoise rappelle cependant un contexte tandis que l’auteure précise au « tu » interpellé ; « je monterai à tes côtés/ dans la cabine de verre » suggérant un camion « dessiné à la craie ».
Il y a des mots à peines prononcées, le souvenir restituant progressivement une image qui va émouvoir avec délicatesse en prenant toute la place tandis qu’un déplacement en vélo apporte des fleurs sauvages.
Les images sont belles à prendre « la lune pour toupie ».
Parler « d’avant- sommeil » apaise tandis que rien n’empêche les retrouvailles régulières quitte à « faire (je ferai) le mur à l’arrière du cimetière ».
Les mots de Françoise, mis en forme dans ce format carré propice à illuminer et encadrer un fraternel portrait, élargissent le champ ( voire le chant) des possibles, suggérant même des conversations entre âmes : « qu’avez-vous à vous dire/ en tête à tête/quand je ne suis pas là ? », suggérant sa propre complicité parmi celles d’autrui ce qui conforte et dynamise le lien.
Tandis qu’on lit ces mots cerclés avec compassion et intelligence autour d’une évidence, il devient cependant impossible de se prononcer le mot fatal à la lecture, refusant même d’y penser.
Née au Pays des Collines, Françoise parle de la « terre meuble » presque comme d’un potager initiatique. Les illustrations de Geoffrey Delinte lui tiennent la main pour accompagner chacun de ses gestes dépositaires à vouloir pérenniser les mots plantés.
Sans nul doute donneront- ils des fleurs.

Patrick Devaux