Philippe Bradfer, La nuit du passage, éditions Weyrich, Noir Corbeau, 2025, 286 pp., 23 €.

Quand je vous aurai dit qu’il s’agit d’un roman policier qui se passe à Givet, que l’inspecteur ressemble un peu à Maigret, et que l’on y parle beaucoup de péniches, vous crierez sans doute au plagiat.
Eh bien, vous auriez bien tort. En effet, les apparences sont trompeuses. L’intrigue de Philippe Bradfer est beaucoup plus complexe, met en scène davantage de personnages, son Givet n’est pas le même que celui de Simenon, et d’autres éléments viennent s’y mêler. Chez Simenon, les personnages sont entraînés par une sorte de destin sans pitié et l’auteur les voit, d’en haut, se débattre dans les filets de ce destin brumeux.
Chez Bradfer, les personnages, même les pires, sont présentés davantage peut-être de l’intérieur, prisonniers du destin, certes, mais ils entraînent davantage la pitié de leur auteur, et donc la nôtre. Maurice Maeterlinck l’avait déjà dit : « Si j’étais Dieu, j’aurais pitié du coeur humain ». Chez certains de ces personnages, il y a comme un double fond, pas toujours très saisissable, mais qui est là tout de même. Nous garderons longtemps en mémoire ce cagibi où un vieux marinier, devenu infirme à la suite d’un accident, s’adonne en cachette à la peinture…fluviale et meusienne, bien sûr.
La Meuse est toujours là, et la batellerie, et les Flamands de Givet. Une poésie un peu passée, une grande tristesse (naguère, n’a-t-on pas versé des indemnités aux bateliers qui acceptaient de couler leur péniche, devant les avancées du transport routier ? La nostalgie est toujours présente, même si elle n’est plus ce qu’elle était.
Alors, dépêchez-vous, n’hésitez pas à vous replonger dans cette ambiance, et à découvrir un auteur plein de tendresse et de sensibilité, même si ses intrigues se déroulent avec la plus grande précision…
Joseph Bodson