Françoise Lison-Leroy Tu ouvres et c’est le jour poèmes Rougerie (2025,61 pages, 12 euros)

Lire Françoise Lison-Leroy c’est retrouver, quelque part, l’étonnement et l’émerveillement du « Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry tant, entre terre et ciel, on retrouve des repères connotés d’enfance : « Je t’y retrouve /toi/le petit frère qui court devant/Nous te suivons en pagaille/en chagrin » révélant peut-être là une des clés de ce superbe recueil où la pensée se met au niveau de l’infime tandis que les mots font, en quelques vers, de grands écarts vers l’étendue : « Aussi te coiffent les nuages/ les algues chevelues/quelques haies ».
On comprend bien l’étendue pressentie sans limites tandis que la poète, à de multiples reprises, ose une joie presque effrontée sans ignorer pour autant cette nécessité de faire face, me rappelant le « rapport à la joie » exprimé, par exemple, dans la poésie de François Cheng.
« Aurai-je un soir/la joue posée/sur les nuages ocrés/les montagnes raidies/la longue énigme des forêts/ sans doute me faudra-t-il/ériger à deux mains/un crépuscule de pierre », nous dit Françoise, mettant ainsi le végétal et le minéral à portée de rêve. Poésie agissante de ciel à sol et vice- versa.
Le texte, en entier, est une offrande, paumes larges ouvertes à accueillir : « Lumière aujourd’hui/ face aux géants nuages/à l’horizon mutique/qui nous tendent les paumes » tandis que le titre de l’ouvrage est lui-même à la fois une interpellation à un « tu » anonyme, sinon elle-même, et un appel de voix pour le lecteur : « Tu ouvres/et c’est le jour ».
Une fois refermé le livre s’accomplit non sur le crépuscule mais sur l’immense.

Patrick Devaux