Clara Inglese Linea alba poèmes éditions Le Chat Polaire illustrations d’Helena Da Silva Casquilho (210 pages, 2025, 16 euros)

Parcours littéraire humain à partir de l’enfantement et de la maternité éclose avec émotion et persistance, le tout conduisant à une poésie profonde élaborée avec « chœur » et intelligence. Si l’auteure parle d’ « éclaboussures dans la voix », on en retrouve les répercussions vitales dans les mots suggérés, par « muette » interposée ou idée de « fille déchue », ceci avec une évidente prise de conscience : « J’entends un lointain galop/piétiner l’évidence/ d’une myriade de femmes/ que l’absence de vie utérine/ évide ».
Un ensemble intitulé « le chœur » donne un côté théâtral aux décors suggérés par les illustrations d’Helena Da Silva laissant imaginer tantôt une solitude introvertie en noir et blanc, tantôt quelque signe d’espoir en couleur vive alors que ce que réfléchit le « chœur » fait en quelque sorte passer l’épreuve : « Trace de sang dans les pierres/qui savent et ressassent/ les mots qui blessent/mais ne tuent pas ». Le protocole de la procréation médicalement assisté est aussi mis en exergue avec le langage technique convenu alors que le « chœur » y répond humainement : « Qu’advient-il/ du corps des femmes/disséqué jusqu’à l’indicible ?/Et des infractions sauvages/dans ces organes sidérés ?/Où vont les cris/ des utérus dépossédés ? ». On comprend le vocabulaire scientifique avalé lui par les émotions. Aboutie en ce sens, l’idée générale parle alors d’ « apnée du langage » et de « l’inouï de la petite fille/ enfouie derrière d’innombrables /syllabes ».
« Linea alba » rend justice à la réalité et aux faits alors que « l’aspirant- père s’applique lui à son rôle ».
Le chœur envisagé permet une sorte de musicalité douce et apaisante parlant notamment de « voix/lisses et calmes » avec des mots « qu’ils ne diront pas ».
De ce souffle poétique bienfaisant se dégage de l’ensemble une pudeur douce pour les « mères aux majuscules consacrées »

Patrick Devaux