Jules Boulard, Le Retour de l’émouchet, éditions Weyrich, 240 pp.
La couverture n’est pas trompeuse : il s’agit bien d’une saga de la vie rurale, telle qu’il y en eut beaucoup, à la fin du second empire, en Belgique et en France, avec toute sa rudesse, ses gestes cent fois, mille fois répétés, et toujours avec la menace d’un rapace qui la surplombe. L’émouchet, c’est en effet un terme générique qui peut d’appliquer à différentes espèces de rapaces. Roman, ambigu ? Oui et non. Le cadre, notamment le Paris de 1870, est rappelé avec beaucoup de rigueur et de précision, et un dossier iconographique vient l’éclairer à la fin du livre. Mais ce qui prime, c’est bien sûr la vie rurale en Ardenne : avec toujours cet émouchet qui plane. Le terme évoque différents rapaces. Symbole ici, à la fois de la menace qui pèse, et du retour au pays du héros et de sa famille, après bien des pérégrinations. Le vol du rapace ne semble pas préoccuper beaucoup, en couverture, les paysans en train de faucher. Pour un peu, on se croirait devant l’homme à la charrue, dans la Chute d’Icare de Breughel.
Et le symbole est puissant, pour le sens du livre : quels que soient le bruit et les ravages des dieux qui jouent aux quilles au-dessus de nos têtes, l’essentiel, le fondement même de notre vie sur terre, c’est le travail du manouvrier qui en est la base et le fondement.
Le livre est bien construit, et très agréable à lire, sans pédanterie (ce n’est pas si facile, quand l’Histoire joue un si grand rôle). Les sentiments, les amours des personnages, le dur métier de vivre, et tous ceux que la guerre a détruits, chassés de leur chez eux, tout cela est évoqué, dépeint sur un mode assez allègre, retour à la vie après les temps si durs, Les enfants y jouent un rôle fort important, ils sont porteurs de l’avenir, et fort bien dessinés, pleins de vie, même si les loups sont encore là… ils reviendront d’ailleurs.
Bref, une belle écriture, et un livre très agréable à lire. L’auteur a surmonté avec beaucoup de brio tous les obstacles que pouvait présenter un tel sujet.

Joseph Bodson