Christophe Gilot Tentative d’épuisement d’un jeu de quatrains
Cactus Inébranlable éditions (2025,85 pages,10 euros)

Un bouquiniste a forcément de nombreux livres à sa disposition. Christophe fait de cette situation son alliée pour procéder à de la reconstitution de façon inattendue, jouant du quatrain comme on jouerait d’un instrument, activant les juxtapositions de titres avec une certaine étrangeté quadrillant son livre jusqu’à en épuiser les possibilités proposées à nos sens : « A quoi jouons- nous/ au hasard des rues ? A supposer/ le sens des autres ?
Rachel Lamoureux/ Virginia Woolf/ Jacques Jouet/marc Augé »
Parfois se fait jour un sens véritable même si, sans doute, une main hasardeuse choisit les livres successifs entre les rayons : « Les feuilles mortes/ billets d’où/ je t’écris/les phrases du silence. Thomas H.Cook/ Laurence Vielle/Rascal/Jean-Philippe Querton »
On dira peut-être qu’il n’y a pas de hasard mais seulement des rendez-vous.. La contrainte qui se veut un hommage à Georges Perec rendu célèbre avec « la disparition», ce roman publié en 1969 et qui se distinguait par la totale absence de la lettre « e », est un genre presque absolu qui demande une certaine concentration.
A contrario, avec un brin d’humour, on peut ajouter que dans le cas présent Christophe fait apparaître les titres là où on ne les attend pas. Ecrire court n’est pas non plus synonyme de lecture rapide si on commence à vouloir en savoir davantage sur chaque titre choisi, ce qui, cette fois, épuiserait le lecteur peut-être en dehors de toute cohérence ; « Je n’arrive pas à parler et à dire des choses en même temps/ alors/ je parle au mur/ de l’incohérence. Eva Mancusa/ Kitty Crowther/ Jacques Lacan Olivier Hamart .
Très souvent le quatrain résultant des juxtapositions fait sens : « Viens/ parler aux frontières/ à vol d’oiseau/ tout est paysage  . Barbara Molinard/ David Antin/ Craig Johnson/ Stéphane Lambert »
De titre en titre s’installe ainsi une œuvre intelligente et neuve d’environ 1000 quatrains plus vrais que nature !

Patrick Devaux