Miroyances de Tristan Sautier poèmes illustrations de Michel Audouard éditions Le Coudrier collection Sortilèges (2026,51 pages, 20 euros)

Le miroir reflète-t-il une réalité autre quand il est mis en cause ? Entre voyances et reflets du passé il y a sans doute la marge du moment qui laisse une empreinte floue, ce que rendent bien les illustrations encrées de Michel Audouard.
C’est que l’instant est fort bref : « ce que tu appelles la vie ?/ une terre qui se soulève/ vers un ciel qui la récuse / et quelques oiseaux de rencontre/ qui bientôt/ t’oublieront».
L’auteur semble visionner quelques ectoplasmes obsédants tels des surgissements correctifs de la réalité mise en reflets : « les Aubaines./ ne disparaissent pas/elles s’impriment / à partir d’un espace vide/ d’une absence de formes/ et tracent ».
L’aboutissement de la démarche serait peut-être une sorte de figuratif repensé pour en révéler l’intensité, toute buée de miroir en allée : « nouveau visage/ ivresse de miroir/ sera buée/ tôt/ dissipée » laissant comprendre par là de ne pas se fier aux apparences y compris aux apparences de soi-même en laissant notamment les corps libres et sans emprise : « quasiment nue/ et déhanchée/ dans une nuit/pas disposée à céder/ la moindre parcelle/ de ténèbres/ Aubaine charnelle/ dans une nuit/ sans concession » .
L’auteur parle également de « moment sans limite », ce que propose cette poésie ouverte à de multiples interprétations. Les « Aubaines » citées de cette façon m’ont fait penser aux « Humeuses » de Jean Cocteau illustrant une atmosphère hallucinatoire sans illusion: « et on danse dans l’air/ en pure perte/ rien de plus pur/ que la perte/ de la danse/ de soi« 

Patrick Devaux