Yves Namur Les poètes de la rue Ducale anthologie poétique
Académie royale de langue et de littérature françaises (2026, 244 pages, 20 euros)

On retrouvera ou découvrira parfois de grandes voix poétiques avec « Les poètes de la rue Ducale » alors qu’Yves Namur nous rappelle, en quatrième de couverture, toute l’humilité qu’est la poésie exprimée en bien des arpèges : « Je t’arpège en révolutions atonales, tu me modules sur papier bible » nous dit Véronique Bergen. C’est que la rue Ducale a résonné de tant de « (La) beauté/pas celle/Qu’on veut saisir/mais celle/qu’on pourra rendre » (Corinne Hoex) qu’il fallait au minimum une anthologie pour en faire état.
Chacun et chacune retrouvera ainsi quelques plumes chéries personnellement à moins de parfois également « apprendre (ils apprendront) par cœur le langage des morts », ce que propose Albert Ayguesparse avec « Le cabinet noir » ( j’ai eu cette chance de rencontrer dans ma jeunesse ce poète chez lui).
Cet hommage rendu par Yves Namiur, secrétaire général de l’Académie, est certainement « une grande et belle idée/ouverte à tous les alizés » (Jacques- Gérard Linze).
Les poètes ne sont-ils pas hommes d’ouvrages comme le rappelle l’extraordinaire Fernand Séverin ?: « Cependant tu poursuis ta tâche coutumière/Pauvre homme aveugle, avec son orgueil impuissant/ Sans avoir deviné dans cet obscur passant/L’hôte divin qu’attend l’immortelle espérance ».
C’est que « Quand c’est le sang alors qui bat/ Comme un marteau au cœur qu’on a » (Max Elskamp) la poésie se veut écho intergénérationnel en bien des genres différents.
Parfois c’est en disant qu’ils/qu’elles se taisent que les poètes s’expriment le mieux comme la poétesse Louis Dubrau : « Les rêves enchantés dont je ne sus rien dire/Lèvent alors vers moi leurs fronts appesantis ».
On trouvera dans cette anthologie quelques plumes de toute éternité car « Aimer est toujours seuil/Vers ce que vous êtes/Et ignorez toujours » (Eric Brogniet).
Laissons les poètes « se sentir chauds dans la paume du monde/Et frais entre les doigts du temps », ce que dit si bien Robert Vivier.
Si « au commencement était le mot » ( Jeanine Moulin) laissons faire le temps qui, comme pour cette anthologie, sera peut-être « semeur d’autres mots » (Jeanine Moulin)

Patrick Devaux