Pierre-Jean Foulon, En danger d’écriture, éditions du Spantole, rue du Fosteau, 12, 6530 Thuin, 2026.
Étrange livre que celui-ci, aussi bien par son contenu que par sa présentation, sans pagination, mais pourvu de cent paragraphes marqués en chiffres romains. Moins étrange quand on se rappelle le parcours de l’auteur, marqué d’un souci constant du livre, de sa forme, de son contenu.
Des vérités fondamentales, sous une formulation concise. Des vérités rugueuses, des musiques discordantes dans leur harmonie même. Comme le dit Michaux dans l’exergue, « un combat sans fin – qui s’apprend par rêverie ». Un art poétique qui évite à la fois la fausse clarté des décisions définitives, les larmes et les cris, qu’ils soient d’angoisse ou de joie. Une clarté de début du monde, un soleil sourd qui se réveille, une fleur qui s’ouvre. Une quête de modestie et de patience : le vanneur de blé au vent, l’orpailleur à sa trémie. Refus du banal, du maniéré, de l’élégiaque. Que reste-t-il donc : l’âpre saveur du vrai, la beauté de la souffrance acceptée et vécue. Un travail vrai, digne de Sisyphe, mais qui trouve sa raison en lui-même.
Moins un art poétique que des aphorismes, vérités fondamentales, sous une formulation concise. Telles que les pratiquaient les premiers philosophes grecs, Thalès, Anaximandre, Anaximène…Des éclairs entre deux nuées, et le peu de certitude des nuées. E pericoloso sporgersi…
Écoutons-le donc :
XVII : Le battement régulier des pendules fertilise le néant.
XIX : Dans le cœur des orages comme dans celui des poètes, fonctionnent de dangereux alambics distillateurs d’immenses nuits sauvages.
XXII : Au sein de jachères d’encre et de plomb, un soc prodigieux remue jusqu’au tréfonds l’argile grasse et fertile du songe.
XXX : La mort s’annonce par discrets attouchements sur l’épaule de l’élu. Puis elle attend patiemment qu’il lace ses bottines et prenne son bâton.
XLIV : Dans un livre de philosophie, l’équilibre des idées est souvent rompu par besoin d’illusions.
LXVIi : L’homme se retrouve vite esclave quand ses prunelles deviennent la proie des faiseurs de miracles
LXVIII : Face aux princes et aux dévots, que les buccins de l’art sonnent la gloire des émeutiers et des rebelles.
XCIX : Partez ! N’emmenez que vos désirs ! Le reste sera trop si vous voulez garder espoir.
Un art poétique ? Un traité de poésie ? Un manuel de philosophie ? Un pamphlet ? Mais non, rien de tout cela. Seulement le vent de l’aube qui se réveille, et une alouette qui monte haut, très haut dans le ciel.
Joseph Bodson