Véronique Roppe Vie et mort d’un désir inassouvi Témoignage éditions Un Coquelicot en Hiver (2026, 99 pages, 15 euros)

C’est sans doute entre « hier » et « pour toujours » qu’oscillent les phrases amoureuses de Véronique Roppe. S’il faut un début à tout, cela commença avec les mots : « Ses mots, légers vols de papillon, caressèrent mon cœur. Puis, brûlèrent ma peau ; frissonna mon échine, coulèrent mes larmes ».
La présence est perpétuelle et à l’ancienne, de façon épistolière dans un lieu d’une autre époque travaillé lui-même en ce sens, tout confinant à la complicité, y compris la vieille bâtisse qui respire les présences, parfois l’absence. Aboutissement de vies peut-être crevassées, les désirs resteront-ils inassouvis ou vécus d’une autre façon ?
Un vouvoiement majuscule parcourt le texte donnant du sens à un grand respect réciproque non pour distancier mais pour laisser un espace de liberté entre les cérémonies successives, l’essentiel se suffisant de peu : « Je prendrais dans ma besace le strict minimum : l’un de vos sourires, de ceux adressés quand les mots n’ont plus besoin de se prononcer ». S’active ainsi une sorte de solitude à deux « au milieu de la foule » confirmant une discrétion mais que chacun peut appréhender par spectacles interposés. Ainsi sommes-nous bien au-delà de l’Amour Courtois, plutôt un amour davantage subtilement tactile : « J’ai permis à mon âme d’errer dans tes rêves/…/puis, en douceur, déposé un baiser sur tes lèvres ».
Quelques phrases écrites en duo avec Hans révèlent une écriture érotisante, plutôt jeune, avec ce langage parfois chevaleresque révélé jusque dans les titres ( « J’escarmouche et je touche).
On peut se sentir dans Pénélope attendant le retour d’Ulysse quand l’écrivaine (l’EcriVeine) active une imagination plus marine : « Mon être tout entier frémit du désir de toi/ Que ta voile apparaisse, enfin. La porte est entrouverte, mon amour est intact. Je t’attends ».
Pour constater l’auteure active son jardin et les saisons : « Je compris au chant mélodieux qui filtrait par la lucarne qu’une autre, sans doute, avait mis sur ton cœur et sur notre histoire un peu de cette rouille qui teinte les feuilles d’automne et les amours finissantes ».
Diverses fins évoquées multiplient les possibilités étranges de l’amour. Entre passion, éloignement, tragédie, départ ou retrouvailles il n’y a souvent qu’un mot ou deux.
L’auteure, avec le texte « Autre part » semble donner une explication à ce qui la tourmente ou l’a tourmentée, à ses départs qu’on comprend successifs mais qui parfois, avec ambiguïté, ressemblent à des retrouvailles.
In fine on comprend que l’auteure joue avec habileté de la réalité pour en faire de la fiction quelque part en dehors du temps pour situer un vécu qui lui convient, qui convient sans doute à eux deux, les deux belles âmes-sœurs.

Patrick Devaux