LES ARTISTES BELGES ET LE COMMUNISME Magritte, Masereel et les autres
par Paul Aron et Anne Morelli (dir.) Editions de l’U.L.B (2026) 166p. 18 euros
Surpris de trouver « Masereel communiste », ce libertaire encore de nos jours célébré comme Anarchiste par le « C.I.R.A. », Centre International de Recherches sur l’Anarchie à Lausanne et Marseille, nous avons cependant été conquis par le somptueux Cahier d’images de ce livre, par les reproductions en couleur d’œuvres de Paul Renotte, Antoine Allard, War Van Overstraeten, Vanden Borre, Kurt Peiser, Dubrunfaut ,Graverol, Magritte (son « Le Vrai Visage de REX »), VandenSpiegele, Wilchar, Fosty, Tits, Locoge, Roland. Les notices biographiques accompagnant ces chefs d’œuvre nous parlent de résistance, de déportations, de Breendonck, de pillage du pays, de la grève générale, de pacifisme. Parmi les auteurs de cet ouvrage collectif, François Belot du CARCOB, (Centre des Archives communistes, pacifistes, de solidarité internationale et de lutte contre le colonialisme et l’apartheid) nous propose 12 pages sur « Les Consignes du P.C. de Belgique aux artistes .De la liberté à la contrainte. De la contrainte à la liberté. » avec une éloquente photo prise en octobre 1947 de S.M la Reine Elisabeth de Wittelsbach visitant à la « Maison de la presse communiste » l’Expo de l’Amicale des Artistes communistes de Belgique où plus de 300 œuvres sont offertes au regard de la Reine des Belges accompagnée des inévitables leaders communistes nationaux : Jean Terfve et Edgar Lalmand , un flash qui prouverait bien qu’en 1947, ces artistes n’étaient pas « sous la contrainte ».
Les autres contributeurs sont : Thierry Lecloux « Y a-t-il une B.D. communiste en Belgique ? », Madame Eve Delplanque « Et les femmes dans tout ça ? » Madame Guisset pour « Le réalisme comme seule voie possible » et « Un univers particulier, la Tapisserie », Messieurs Kampaert et Cardoen traitent de « Résister par l’art dans les camps nazis », Madame Christine Béchet « Surréalismes et communismes », Anne Morelli « Peut-on être un artiste « communiste » sans (plus) être adhérent du Parti ? », Paul Aron et Anne Morelli « Y a-t-il des artistes communistes ? » ou « L’Art communiste existe-t-il ? ».
Une passionnante page de « Sélection bibliographique » propose au lecteur interpellé de « naviguer » entre « Le Baron rouge » par Jérôme Adant( Couleur Livres) et « Le Chant poétique de Dubrunfaut » (André de Rache).L’existence d’une trentaine d’ouvrages ainsi sélectionnés nous est signalée mais il me semble qu’un indexe alphabétique de tous les noms propres cités dans les 160 pages de ce livre manquerait au lecteur passionné qui chercherait à relire ce qui est dit de Guillissen, de Brachet, du groupe Maka, de René Salme etc…
Il me semble aussi que le précipice qui s’est creusé en ce qui concerne l’importance politique, entre le nombre de membres, d’élus, d’électeurs des P.C de France et de Belgique aurait pu être rappelé. En France, le Communisme ne peut offrir, en échange d’une grande obéissance, que protection, commandes, embauche, voyages d’étude, résidences d’auteurs, publicité assurée aux artistes se proclamant communistes. En Belgique, le « maccartysme » la « Chasse aux sorcières » ont été virulents dès 1950. De nombreux dossiers le rappellent aux chercheurs du Carcob. On pourrait souligner que souvent, être un artiste communiste en Belgique et se déclarer comme tel prouvait un certain courage, comme une adhésion à une secte minoritaire et pourchassée (ou dans le cas de Magritte,avoir un talent tel qu’il est intouchable). Il est regrettable que les universitaires auteurs de ce livre ne se soient pas penchés sur la « chasse aux sorcières et les artistes communistes »
Mais par ces temps si particuliers où la direction de plus d’un grand pays semble relever d’une idéologie crocodilienne , il paraît utile de se pencher, grâce à cet ouvrage, sur « les artistes belges et le communisme »…
Vladimir ISSACOVITCH