Jean-Paul Ciccione, Les pèlerins, roman, éd. M.E.O., 2016, 204 pp, 20 euros.

Jean-Paul Ciccione, né à Metz, a exercé le métier de libraire en différents endroits. Titulaire d’une maîtrise en lettres modernes, Il est actuellement chargé de cours à l’université de Kourou, en Guyane. Il pratique également la photographie.
Un roman qui sort un peu du commun. Très marqué par la religion, par le rapport avec Dieu, avec la nature, attentif aux êtres humains, même et surtout à ceux/celles qui pour une raison ou l’autre, sortent de l’ordinaire, que ce soit pour des raisons de santé, ou suite à un vécu difficile. Il cite à trois reprises René-

Guy Cadou, l’un de nos meilleurs poètes, injustement oublié. Ainsi, en fin de course, et là, j’anticipe un peu, à la fin du livre, p. 195 : Que le temps qui m’est donné que l’amour le prolonge. Une bonne enseigne pour le livre lui-même. L’amour de l’autre intimement lié à l’amour de Dieu.
Je ne vais pas vous résumer toute l’histoire, ce serait vous gâcher le plaisir. Je vous présente seulement les deux acteurs principaux : le photographe, qui s’est spécialisé dans l’élaboration de beaux livres consacrés à des églises ; Hélène, la quarantaine, originale, souffrant de surpoids qu’elle compense par l’originalité de ses goûts :
Elle était là, devant moi, enfin, après ces années sans elle. Je la tenais, comme si j’étais arrivé au but d’une longue quête ou d’une interminable errance. Elle était une fleur dans le désert. J’avançai encore d’un demi pas. Son corps touchait le mien, je le sentais des épaules jusqu’aux pieds. Mon bras gauche longeait son dos, ma bouche frôlait la sienne, son front s’appuyait au mien. Je l’effleurais avec insistance.
Ce bel amour, source de joie et de souffrance, par son inachèvement même, est source de lumière, et je ne puis mieux faire que de citer encore Cadou, repris à la page157 :
Chaque feuille en tombant / Me rappelait ton pas / La vague qui s’ouvrait / Recréait ton visage / Et tu étais l’auberge / Aux portes des villages.
Ce livre n’est pas un roman à thèse, ni une bondieuserie. C’est juste une histoire, une histoire d’amour et de souffrance, à laquelle on ne peut que souscrire, que l’on soit chrétien ou athée. Un jour – c’était à Waremme – je demandai mon chemin à un vieux paysan. Comme je le remerciais, il me répondit : « Quand deux pauvres gens s’entr’aident, le Bon Dieu en rit ». Je fus d’abord choqué de ce rire de Dieu, se moquant des petites gens. J’ai mis longtemps à comprendre que le Bon Dieu riait de plaisir, et non par moquerie.

Joseph Bodson