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Alain Dantinne, Brise de mère, Weyrich, 2017.

Evoquer, même en fragments, la vie d’une mère, c’est la suivre encore, le plus fidèlement possible, au-delà de la mort, sur le chemin d’une éternité imaginaire. L’auteur s’y applique avec passion, jusque dans les détails les plus ordinaires, parce que c’est en fibre de mères qu’est tissé le fil inusable de la vie (Erwin Mortier) et que ce qu’a vécu ou gardé en elle cette femme de tous les jours a marqué d’une manière indélébile le caractère et la personnalité de son enfant. Si elle fut une épouse soumise, plaintive, rarement satisfaite, sans autre emploi que celui d’élever sa fille et ses trois garçons, si elle ne s’exprima qu’une fois veuve, par souvenirs crispés et brefs sursauts de tendresse, elle n’en demeura pas moins une figure essentielle pour le dernier de la famille, le raculot, qui lui devra tout, ses révoltes et ses idéaux, ses fugues et ses choix, ses amours et son amour filial, fort et doux, comme peut l’être une brise de mer qui vous emporte au large. L’écriture regorge de formules percutantes, de brèves analyses perçantes, d’anecdotes drolatiques ou poignantes, où l’on retrouve patiemment reconstitué le portrait d’une femme du temps jadis (avant les années soixante…) qui a pu, presque à son insu, aider à grandir et à se forger une vraie philosophie de liberté un gamin de province, doué pour la poésie, l’humour, les frasques, le sarcasme même et surtout la reconnaissance. Je fus élevé comme un enfant unique, reconnaît l’écrivain à la fin de son livre. Etre né le petit dernier, grâce aux caprices de la méthode Ogino, et le premier, plus d’un long demi-siècle plus tard, à célébrer la grandeur toute cachée et humble de sa mère en en faisant un vrai personnage « littéraire » doit avoir apporté à l’auteur un rare bonheur que les lecteurs partageront sans aucun doute avec la même intime émotion.

Michel Ducobu