Alexandra Anosova Coup de grâce éditions Le Coudrier , illustrations photographiques par l’auteure (2025, 87 pages, 20 euros)

C’est entre coup de blues et coup de grâce que nous émeut la poétesse quand elle a ce délicieux vers juxtaposant l’ange et l’enfer : « Mon esprit de cancre saute des falaises/ L’ange des demi-mots dort dans mon enfer ».
L’auteure va-t-elle nous porter le coup de grâce avec ses poèmes ou ses photos personnelles qui, malgré leur expression en noir et blanc, respirent une sorte de solitude me faisant penser à « La chambre jaune » de Van Gogh ?
Entre les mots la poétesse rature son enfance et ses amours en couches de dérisions successives. La terreur de la vie y est sublimée avec un rare lyrisme avouant une sorte d’indifférence non coupable tandis que, mis en doute, les sentiments ou les émotions sont parfois regrettés ou exacerbés avec force dérision :

« Je suis une bête de foire
Vie écrite au néon
Un singe sur une balançoire
Qui joue de l’accordéon ».

Voyage en solitaire, donc mais à l’écoute d’un cœur en cage qui palpite entre les phrases parfois écrites à voix parlée, voire éructée tandis que l’auteure a cette lucidité :

« J’ai survécu à moi-même
Et ça m’était fort égal ».

Faisant fi de toute consolation, c’est avant tout avec une expression tantôt tranquille, tantôt féroce, qu’elle traduit, y compris en photos, les objets les plus courants, les lieux les plus prenants pour elle.
Même son attente est crispée car on devine que cette manière d’être est presque un but en soi :

« Evidemment
Ce film se fera après
Tous les films se font après ».

L’intention de l’auteure est presque jubilatoire à bousculer les échéances, à rester sur le qui-vive :

« Il faut que tu m’aimes
Mais je ne sais pas parler »

Non plus en reste d’humour, certains mots de grossièreté bien utilisés font mouche.
L’auteure y va à fond à exprimer tout ce qu’il y a à ne pas dire de la guerre, d’une montre ou de Dieu lui-même qu’elle rencontre à sa façon avec également ce qu’il faudrait parfois hurler à haute voix.

L’éternel retour la sauve :

« Et l’odeur du printemps revient
Elle ne fait que revenir
Quoi que tu fasses de la vie », tentant ainsi l’espérance.

Alexandra vit sans montre et sans boulier compteur avec le seul moment pour proximité tout en prônant le partage jusque dans les extrêmes :
« Et malgré toutes les lampes de rue/ Le bleu royal tarde à virer ultramarine/ L’important c’est de ressusciter /Ensemble/ Je crois »

Patrick Devaux