Anne-Marie François, Quand l’ keûr vout scrîre…,poèmes et proses, Rèlîs Namurwès, 2025,104 pp., 24, ruie Saint Nicolas, 5000 Namur. (19€ au compte BE75068895690751 des Rèlîs Namurwès)

Anne-Marie François a été, et est toujours, membre de plusieurs associations wallonnes du Namurois, et est active en tout ce qui concerne le wallon dans cette belle province.
Ces textes témoignent d’une vive sensibilité, d’une grande ouverture au monde, au vieil âge comme à la jeunesse, mais ils font davantage songer, me semble-t-il, à Marie Noël qu’à Maurice Carême. Par leur modestie, leur retenue, leur sensibilité. Tournée, dirions- nous volontiers, plus vers l’intérieur que vers l’extérieur. Dans le monde des hommes, bien sûr, car elle vit en parfaite harmonie avec la nature, le quotidien, les travaux et les jours des gens de sa région. Ainsi, à propos de Bois-de-Villers, son village, des instituteurs d’autrefois, de ses chers disparus (p.21) :
« Dimwin, timpe au matin, i frè tot blanc su l’ dagn, / Dj’ènn’irè pa t’tavau nos vîs bwès, nos campagnes. / Dj’ènn’irè…dj’a l’idéye qui vos m’i ratindoz. / I m’ chone qu’i faît todi pus deur viker sins vos// Dji roterè sins rin veûy, tot tûzant à nos deûs/Mièrseûle, dj’avancerè l’ pas, sins sondjî à mès peûs. / Mièrseûle, sins rin ètinde, mi tièsse didins mès mwins, / Li solia aurè bau v’lu fé r’lignî m’ pènin. // Dji n’ vièrè nin l’ moron, ni co l’ sauvadje rosî./Saquants mauvès bruwères èt dès sauvadjès fleurs…/Totes lès cènes qui, por vos, dj’a aurdé didins m’ keur.
(Demain, de bonne heure, il fera blanc sur la terre, / Je m’en irai à travers nos vieux bois, nos campagnes, / Je m’en irai…je pense que tu m’y attends./ Il me paraît toujours difficile de vivre sans toi !//Je marcherai sans rien voir, en pensant à nous deux,/Seule, je me hâterai, sans penser à mes peurs. /Seule,, sans rien entendre, la tête dans les mains, /Bien que le soleil veuille effacer mon malheur.//Je ne verrai pas le mouron, ni le rosier sauvage, / J’entrerai au cimetière et t’apporterai du buis bénit,/ Quelques bruyères mauves et des fleurs sauvages…/Toutes celles que, pour toi, j’ai gardées dans mon cœur.) »
Bien sûr, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était : on a fermé nos sentiers, on a mis les villes à la campagne, Mais il reste toujours ces quelques fleurs sauvages.
Comme elle le dit si bien, p.29 : « On-Ârdinwès catche on-aubon pad’zo one deure sicwace, Un Ardennais cache un aubier sous une rude écorce », et elle pourra conclure ce poème par une note d’espoir vivant et vibrant : «Dji n’vos rovîye nin/ Èt, ç’qui nos-èstinnn’, / Nos l’sèrans todi./Mi por vos, /Vos por mi »
Les proses qui suivent viennent joliment illustrer ces beaux vers, finale : « C’est dins l’ lingadje di sès tayons qu’on dit l’ pus aujîyemint sès djôyes èt sès pwin.nes. (C’est dans la langue de ses aïeuls que l’on parle le plus facilement ses joies et ses peines.)« 

Joseph Bodson