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Antoine Wauters, Pense aux pierres sous tes pas, Verdier, 186 pages.

Après Nos Mères, qui reçut en 2014 le prix Première de la RTBF, Antoine Wauters nous revient avec un roman déroutant, entre réalité et fable.

Nous sommes dans un pays imaginaire, dont l’auteur a soin de nous dessiner la carte, un pays de plaines, de déserts, de forêts et de montagnes. Un pays sous régime dictatorial, où les paysans ne travaillent que pour survivre. C’est dans une de ces familles pauvres que naissent les jumeaux Marcio et Léonora, dite Léo. Léo aide sa mère à la maison, Marcio seconde son père, homme taciturne et violent, aux travaux des champs. Très tôt, ils se sentent attirés l’un par l’autre ; ils échangent leurs habits de garçon et de fille (à l’instar du prénom Léonora masculinisé en Léo) et franchissent le pas des relations incestueuses. Un jour, le père soupçonneux les surprend dans leurs ébats. Il décide d’emblée de mettre fin à ce scandale en les séparant : il envoie Léo chez son oncle, qu’elle aidera aux champs, « comme un homme ».

Entre-temps, le pays est secoué par un coup d’État, un nouveau régime remplaçant l’ancien, apportant à la population un vent d’espoir, faisant miroiter la modernité et l’accès au confort. Mais très vite, le nouveau leader se transforme à son tour en dictateur, terrorisant les paysans, augmentant taxes et impôts, reprenant d’une main ce qu’il a donné de l’autre, et même davantage. S’ensuivent troubles et révoltes, au cours desquels les campagnes sont mises à feu et à sang.

Sous la houlette d’une guérisseuse capable de faire des miracles et d’insuffler aux plus démunis une extraordinaire force de rébellion, le petit monde des jumeaux, de leur familles et de leur village participera à ce sursaut de conscience, réussira à réintégrer ses terres et fera renaître culture, vie et collectivité. C’est ce happy end, un peu surprenant dans une histoire aussi noire, qui fait pencher le récit vers la fable plus que vers le roman.

Dans une langue somptueuse aux images pleines de poésie, la narration justapose les récits des jumeaux et des lettres du père, un père qui a toujours eu des problèmes avec les mots, enfermé dans un silence qui ne faisait qu’élever des murs entre lui et les siens.

Au terme de leur histoire, pétrie de transgressions personnelles et sociales, les jumeaux ont appris qu’une vie nouvelle est toujours possible. Même au delà des pires souffrances et des pires catastrophes. On a envie d’y croire, en dépit des réserves évoquées quant au dénouement. On a envie d’y croire avec eux, et parfois malgré eux, surtout parce que, dans notre monde défaitiste, on a de plus en plus tendance à ne plus croire en rien. En outre, dans une production littéraire où les auteurs parlent souvent d’eux-mêmes et tournent en rond autour de leur ego, on se trouve ici devant un récit qui a du souffle, de l’envergure et une écriture taillée au scalpel.

Jean-Pierre Dopagne