Barbara Flamand, Il était une fois…le bonheur;nouvelles, éditions bernardiennes.

Etrange livre que celui-ci, que l’on pourrait prendre, à première vue, pour un recueil de contes de fées…Mais d’habitude, les contes de fées se terminent bien: les chasseurs tuent le loup, le marquis de Carabas retrouve la princesse, Blanche-Neige épouse le prince charmant après son long sommeil…Rien de tel ici. Si le monde qui nous entoure semble parfois revêtir l’allure de certains de ces contes, avec quelques méchants personnages qui se mettent à la traverse, et puis un ou plusieurs personnages plus puissants qu’eux qui interviennent pour épauler le héros ou l’héroïne (c’est l’analyse que font, si je me souviens bien, les formalistes russes), ici, chez Barbara Flamand, le plus souvent, comme dans La carrière, c’est un croque-mort que l’on doit appeler. Cela finit bien par la…la…la, mais, comme le dit si bien Barbara à l’issue de la dernière nouvelle (je cite tout le passage): C’est alors qu’il dit sans quitter sa pose: « Tu es belle ». Ses lèvres ‘avancèrent dans un baiser tendre,, d’une inconvenance puérile. Je répondis d’un même mouvement spontané et je descendis du train, à demi immergée dans des eaux turquoises, avec un mal vague et troublant comme un éveil de puberté, et un regret…comme si j’avais par mégarde posé le pied sur une coccinelle.

C’est beau comme…un conte de fées qui finit mal.

Bien sûr, c’est avec un grain de sel qu’il convient de prendre tout ceci. Barbara Flamand ne manque pas d’humour, ni d’ironie, et, si ses contes de fées finissent souvent mal, c’est que l’esprit mauvais, incarné dans un personnage puissant, est intervenu pour détourner le convoi, dans les contes comme dans la vie…et le carrosse redevint citrouille, Peau d’Ane reste éternellement Peau d’Ane, les buissons épineux empêchent le Prince charmant de passer, tandis que ma soeur Anne, éternellement aussi, ne voit que l’herbe qui verdoie et la poussière du chemin qui poudroie…

Joseph Bodson