Béatrice Libert Une quinte de toux éditions Murmure des soirs (2025, 92 pages, 16 euros)

Ce qu’on fait dire au corps est sans doute révélateur de notre état d’esprit et Béatrice s’en donne à cœur joie en évoquant tantôt des situations subliminales, tantôt fantastiques en rappelant également certains états de lieux ou expressions engageant l’époque : « chaque fois qu’un bouton me marque la peau, je me rappelle ma mère et son verdict : « c’est la méchanceté qui sort. Enfant j’en étais atterrée, comme doublement victime d’une malédiction ». Un constat parfois un peu moralisateur conclut la description de l’organe ou la partie organique en cours avec également un soupçon d’humour de bon aloi tandis que le fait est parfois pris à contrepied : « je pèse tout, de la racine de mes illusions à la pointe de mes lexiques, de la base de mes contradictions au sommet de mes euphories, et tout ça pèse évidemment ; trop de sel, trop de sucre, trop de gras, trop d’absolu, trop de poésie, mais ce qui pèse le plus dans la balance, c’est le sens éminemment secret de la vie ».
Les faits qui engendrent des émotions ne sont pas non plus en reste, comme cet « oubli » que l’auteure achève par une belle pirouette : « Mais faites, chères Lumières que, le moment venu, j’oublie prudemment de mourir ».
Les mots sont lessivés autant que la lessive elle-même nous ramenant au temps qui passe, préoccupation essentielle : « Dois-je retrouver notre présent pressé ou voguer sans compter dans mon cher passé ? Question posée à ma montre qui, sous la buée, ricane en continuant de trotter ». Béatrice ramène parfois le geste corporel dans le quotidien, se frayant également de brefs passages dans son passé. L’ensemble rappelle que notre vie courante a non seulement besoin de poésie mais également qu’on peut situer la minute improbable dans un contexte général pas toujours drôle tandis que Béatrice se réjouit parfois du mot juste au bon moment, ce qui n’étonnera personne : « Oui, un mot peut rendre heureux quand il est juste, bien choisi, parfaitement adapté à la conversation, même à la sauvette, même à la caisse d’un banal supermarché ». L’auteure a l’ouïe fine à écouter le monde et sans doute parfois son propre corps tandis que certains détails restent à découvrir entre humour, poésie et un certain détachement nous renvoyant peut-être à l’acceptation du temps qui passe mais avec une certaine jouissance à profiter pleinement des moments.

Patrick Devaux