Bernard Louis, On d’méy cint d’A.iku, 50 Haïku en wallon central, éd. CIACO. Chez l’auteur.

Bernard Louis, pour sa part, se réfère, en page 4 de couverture,  à ceux dont l’auteur était Albert Maquet, en passant à une production de moitié moins nombreuse. Bien sûr, il y a pire comme référence, et c’est même presque une gageure de vouloir s’égaler, pour l’esprit et la finesse, à Albert Maquet, maître en la matière. Disons tout de suite que s’il ne s’égale pas à son maître, du moins, Bernard Louis ne lui est pas trop inégal. La citation du Gorgias de Platon placée en exergue peut également valoir pour les deux.

Mais quelque chose, en ce mince recueil, me touche bien davantage. Revenons-en à la quatrième de couverture: Tableaux, parfois humoristiques, évocations de souvenirs littéraires, pensées philosophiques voire mystiques, regrets sur le monde ambiant se côtoient ici. J’avoue préférer le Bernard Louis humoristique et mystique au Bernard Louis livré au regret du monde actuel. L’hypocondrie n’est pas un bon remède, laissons-la à Martial et Juvénal, qui sont bien sûr des auteurs estimables, mais dont la fréquentation n’invite pas à la joie de vivre. Laissons-les, dans leur petit coin contempler les mouches qui se noient dans leur calice. L’humour, quant à lui, implique une bonne dose d’auto-critique, contrairement à l’ironie. Entraînons-nous donc à rire de nos propres sottises plutôt que de celles des autres: la grimace est plus belle. Et souhaitons-lui aussi, de tout coeur, beaucoup de ces petites joies, pout 2021, qui font fleurir la vie.

Mais écoutons-le plutôt, et ce sera pour l’admirer sans réserve aucune:

Ta.urnia qui ride. / Li brouwêre lume al finièsse. / Èstoz là, solia?   //  Nuage qui glisse / La bruyère lui à la fenêtre. / Vous êtes là, soleil?
Catî qu’èsprind s’ pupe / avou l’ rèclame cotwartchîye / d’on serviauve croque-mwârt. // Un vieux qui allume sa pipe / avec la réclame toute chiffonnée / d’un croque-mort affable.
L’èfant è docsau, / inte lès balusses, ravise l’andje / al rayèle dè Ciél. L’enfant au jubé / entre les balustres / ressemble à l’ange / au soupirail du Ciel.
Ombe, ombion, ombrîye, / todi ça su l’ mur dèl baume; / sov’nances di saqwès. – Ombre, ombelle, ombrelle, / cela toujours sur le mur de la grotte; / souvenirs de choses et d’autres. (Ici, sans doute, Platon n’est pas loin…)
Guédî po l’ colon / Qui r’vint d’ concoûrs. Plêji d’yèsse / Su dès tchôdès breûjes. Guetter le pigeon / Qui rentre d’un concours . Plaisir d’être / sur de chaudes braises.
I tosse come on r’naud, / – sins r’mète bièsse à djint, savoz – / li clouk qu’a l’ kintos’. // il tousse comme un renard . /- sans mettre les bêtes au rang des gens, rassurez-vous – l’enfant qui a la coqueluche.
A fwace du pèler, / – c’èst totès pèlakes, di-st-on, – qui d’meûre-t-i d’ l’ agnon? // A force de peler, / – ce ne sont que des pelures, dit-on, – / que reste-t-il de l’oignon?
Mazindje fine pansoûwe / al bole qui alcote. El nîve / one loûdène kènetéye. // La mésange, fin bec, / sur la boule qui oscille. Dans la neige / un rouge-gorge ramasse.
Su Moûse avaur là / on batia dit sès pâtêrs / Li vîye djin s’èdwâme. / Sur la Meuse, de ce côté-là, / un bateau dit ses paters / La vieille femme s’endort.
(traductions: J.Bodson)
Et permettez-moi – la tentation est trop forte – d’ajouter à ce beau lot l’ombre, ou un bout de charpente, d’un haïku de mon cru. Je me promenais dans Waremme avec un de mes frères, et nous cherchions une rue où l’on pouvait voir un toit remarquable par ses ardoises dessinant une tête de cheval. Nous nous renseignons auprès d’un passant, qui nous l’indique fort aimablement. A nos remerciements, il répond: Oh! Ce n’est rien, vous savez! Quand deux pauvres gens s’entr’aident, le Bon Dieu en rit.
Il m’a fallu réfléchir assez longtemps pour comprendre que le Bon Dieu ne se moquait pas des pauvres gens, mais riait de contentement.
Pour vos étrennes, je vous souhaite de rencontrer beaucoup de pauvres gens.

Joseph Bodson