Christian Libens, Les arbres marchent, poèmes, édition Bleu d’Encre ill. de Marie- Pierre Uenten.éditions (202(, 50 pp., 12 €.
En écho, bien sûr, des arbres de la forêt de Dunsinane. Un dernier recueil ? Ce serait bien dommage…Mais les arbres de cette forêt – armée en ordre de bataille – sont-ils bien pareils à ceux de la forêt d’Ardenne, ou de Meuse ? Et notre auteur est-il bien parti en ordre de bataille ? Nous y perdrions l’une des voix les plus originales de notre poésie
Une voix, bien sûr, rugueuse, un peu rude, mais si cela fait partie de sa personnalité, ne serait-ce pas aussi une façon de cacher une tendresse profonde, pour les paysages comme pour les gens…Allons, foin de toute sensiblerie…Les amis qu’il évoque, lointains déjà ou proches encore, sans oublier, bien sûr Apollinaire, ne sont pas experts en jérémiades…Seul le meurtre égaie le sapiens égaré (p.14), et la Meuse est grosse de Liège /depuis mille et un an (p.18). Il parle de l’amour en termes un peu crus, peut-être, mais c’est pour mieux se déclarer : Femme sphère, Femme monde/Femme planète / Je suis ton satellite.
Et, last but not least, un beau poème en wallon, p.40 :Dji vôreû bin/ Dji vôreû bin div’ni ine sävadje bièsse / Po tofèr roûvî m’ pôve tièsse / Eune qui rampe ou bin qui dwèm’/ Nin minme ine bièsse avoû dès crons-ohês/ Rin qu’ine bièsse bièsse / Oh ! cäzi rin / On wandjon / Ou minme / On clå / On clå sins tièsse
(Je voudrais bien devenir une bête sauvage / Pour toujours oublier ma pauvre tête / Une qui rampe ou bien qui dort / Pas même une bête avec des vertèbres Rien qu’une bête bête / Oh ! presque rien / Une punaise / Ou même / Un clou / Un clou sans tête
Eh quoi ! Il ne chanterait plus, le poète, de Stavelot à Dunsinane ? Mais si, bien sûr. Le chemin est sans doute plus caillouteux .mais la poésie est toujours présente, sur un ton plus grave.
Joseph Bodson