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Daniel Simon, Ce n’est pas rien, éditions M.E.O., 2018.

Le livre se divise en trois parties :
Nouvelles de notre monde
-Promenades
-Modestes propositions pour les enfants perdus
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Nouvelles de notre monde

Ce sont sept petites nouvelles sur l’état de notre nonde. Bien sûr, jouant sur la polysémie, l’auteur le décrit tel que le perçoivent des personnages divers. Ainsi, les trois premiers sont en rupture avec ce monde changeant « où l’on court pour ne pas tomber », dépassés par le temps C’est un vieil astronome solitaire qui, au vu de la « ruche »humaine, ne reconnaît plus son monde et meurt. Les deux autres, fugueurs de leur époque, y sont ramenés, l’un en crachant son venin et l’autre, s’ennuyant tellement, qu’il devient « expert en ennui » ! Puis, c’est un violent qui ne supporte pas le bruit du monde et… « un oiseau passa qui poussait le nez dans l’indifférence du monde » et notre homme se met à chantonner, il est heureux. Ces exemples pour montrer comment va le monde…selon la manière dont on le voit, et avec le temps qui passe.

Promenades
Cette fois, Daniel Simon nous promène souvent sur les chemins à la fois tortueux et enchantés de l’amour(textes brefs, p.43 à 101). Mais tout d’abord, il consacre une page assassine à l’hypocrisie d’un éditeur : il flattait tous les auteurs et les tenait ainsi sous sa coupe. « C’est que le Monde des Lettres en ce temps se gonflait de soi…On s’aimait comme on s’étripe, au corps à corps, les yeux dans les yeux, mâchoires soudées ». « Chacun et chacune écrivait,ça n’avait que peu d’importance, la soupe était servie ».On perçoit l’urgence du propos abordé une seule fois.

Cela dit, sur le sujet de l’amour, l’auteur, le plus souvent à la première personne, nous livre un tableau des multiples nuances dans les rapports amoureux, leurs réussites et leurs échecs.

Les femmes sont observées de près et qualifiées sans complaisance quand l’amour est absent ou se délite. «Elle était de la race des tueuses, c’est en souriant qu’elle appuyait sur la détente, sans attention particulière, si ce n’est le gain d’un certain confort (…) Elle aimait les ‘Je t’aime’ à défaut de conversation » Mais on peut aussi lire la beauté féminine : « Elle était belle, de longues boucles noires tombaient sur la peau brune de son visage. Ses yeux marron brillaient, ses lèvres s’entrouvrirent… » « Je l’ai aimée belle noire cruelle comme on se coupe le cœur pour nourrir de vieux chiens, je l’ai aimée Cubaine aux bras si longs qu’ils me tenaient longtemps… »

L’auteur nous emmène également dans des petits moments de vie pris sur le vif : des séparations de toutes sortes, des rencontres furtives, des petites histoires drôles, des photographies de moments fugaces à la Doisneau : la vie d’une gare, d’un magasin, d’un SDF, un pique-nique en famille…Promenades avec les yeux ouverts sur le monde tel qu’il est et auquel on ne prête pas assez notre attention. On pense aux installations dans l’art plastique, qui poursuit le même but.

Modeste proposition pour les enfants perdus

La marche est la pire des catastrophes : quoi qu’on fasse, on se dirige vers la fosse. Pourtant, le néant est nécessaire pour l’accomplissement de nos gènes. Les vieux sont abandonnés, les jeunes auront leur tour. Il faut être poète pour ne pas oser évoquer le mot « pourrissement » par manque de métaphores adéquates !

La marche est la pire des catastrophes parce que « les routes sont encombrées de pauvres gens , presque des choses, des fragments, des morceaux, rien qui vaille », des mendiants quémandant de la nourriture pour leurs nourrissons qui deviendront voleurs ou assassins, faute de travail, s’entraînant au martyre, fabriquant des bombes (…), et ces enfants errants, à demi nus, dormant dans les égouts et sortant la nuit pour quelque rapine. » Leur vocabulaire finit par se dissoudre : ils ne se paient pas de mots ,non, la dissolution et le vide, voilà ce qu’ils connaissent.

« Nous ne pouvons ni les nourrir ni les éduquer comme les vertus que nous honorons l’exigeraient » « Alors, que faire de ces enfants ? » Daniel Simon y va de sa proposition qu’il a bien étudiée, calculs à l’appui : les manger quand ils ont un an, bien nourris au sein maternel et pesant environ dix kilos. « Ils constituent alors un mets délicieux, nutritif et sain, tous d’origine et de manufactures locales. » Ils seront vendus aux familles aisées. Des restaurants de luxe attireront les touristes. On gardera suffisamment de mâles et de femelles pour la procréation, sur le modèle des bovins et des porcs. « Ils serviront mieux la nature que miséreux », le nombre de mendiants sera réduit d’autant.

L’auteur est allé de ville en ville présenter son projet, demandant aux habitants , avant de le rejeter, de penser à deux choses : d’abord, « comment allez-vous nourrir, vêtir, éduquer, cultiver ces affamés ? » ; ensuite, « présentez-leur ma proposition en regard de leur vie d’aujourd’hui, livrée à un présent sans espoir, ils vous remercieront en pensant à l’économie de souffrance que nous leur offrirons. »

Vient alors la péroraison : « Cette tâche est la nôtre, cette responsabilité nous appartient et nous sommes plus que jamais confrontés à une vérité qui ne nous lâchera plus : voulons-nous d’une vallée de larmes ou d’un temps solidaire ?

Ma modeste proposition n’a de sens que dans cette perspective.
Je vous remercie… »

En revenant au titre, on se dit que« Ce n’est pas rien », en effet ! On peut en dire autant de l’écrit.

Dominique Dumont