Déchitectures de Denis Pepic ( Fa Sila) éditions le Boustrographe & le comptoir (10 euros, 2021) 1er volume de la collection Boustrographies ; maquette et typographie imaginaire de Pascal Leclercq.

Premier recueil d’une poésie en mouvement pour ce poète qui va vers les êtres, accompagne les gestes autrement que par des actes courants « à savoir faire son vin/ un vin qui hurle le graffiti/d’une main tremblante ».
L’acte est jeune et se révèle moderne avec une sensibilité culturelle plurielle : « je m’accroche au regard/d’une personne voilée/beauté divine à qui/ je souhaite l’amour ».
L’écriture est primordiale à l’auteur pour avoir « essayé d’avoir un crédit avec ses (mes) poèmes ».
Le rythme se sent combatif à vouloir être, se définir dans la vie semi-conductrice.
L’être surgit ainsi, remis à neuf, entre les éléments.
La poésie, accompagnée graphiquement, semble susciter les émotions d’une nouvelle génération également très sensible au son et à l’écho.
L’absence de ponctuation accentue les gestes avec une sorte de lenteur et d’étonnement : « Longtemps crispé/je devine l’éternelle/foire aux autres/surpris ».
A tout crin l’auteur cherche un certain regard « dans les yeux des autres ».
Les écrans paraissent essentiels mais c’est sans duperie qu’ils sont affectionnés : « Les émotions sont traduites/ en données numérisées/ensuite retransmises/sur nos écrans/elles deviennent des traces réduites ».
Les « déchitectures » sont parsemées de signes et de sons comme pour annoncer un nouveau langage : « Il s’adonnait au chant/ Shoovo avait la voix/d’une basse aux cordes de lin/Il pouvait passer sa main/dans sa gorge/les faire vibrer/ses yeux changeaient de couleur ».
Il y a, dans l’ensemble des textes, avec également quelques textes en anglais, une sorte de désintégration de l’écriture comme on parlerait des atomes : « L’auréole/ a cessé de coller/ mon corps/ à mes bras » nous dit Denis Pepic.
On reconnait parfois cet amour de la ville, Liège, reconnue en travaux de mots : « vers la Place Saint Lambert/je prends Léopold en travaux ».
Dans sa propre évolution l’auteur mémorise le corps de la même façon que l’Art :
« Ma femme a la texture de brin de corps/ aux jambes longues de campagne/ à la beauté d’un sourire rodé/aux poils dressés de courbes/ aux yeux de corail qui ligotent/à l’odeur de chair sans pudeur/aux nuits passées à nu/ aux eaux fraîches qui rentrent/dans nos bouches chaudes ».
Cela ne vous rappelle rien ? Quelque chose des « yeux d’Elsa » peut-être ? Et…ce n’est pas rien !

Patrick Devaux