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Emile Verhaeren, Théâtre – Le Cloître, Philippe II, édition critique établie par Michel Otten et Christophe Meurée, AML éditons,2017

Poursuivant la publication des oeuvres complètes d’Emile Verhaeren, voici donc un volume comportant deux pièces de théâtre: le Cloître(paeu en 1900 chez Deman) et Philippe II (1909, au Mercure de France).

Dans sa préface, Michel Ottten distingue différentes strates dans le Cloître. Il se réfère ainsi à la note d’intention envoyée par Verhaeren à son metteur en scène à Bruxelles, Victor Reding:1) Le couvent, tragique et destructeur comme une passion, est divisé par les convictions, l’intérêt personnel. Balthazar, en s’accusant d’un crime qu’il a commis autrefois se détruit non seulement lui-même, mais aussi la force sociale qu’il incarne. Le Prieur l »a  absous voulant le conserver au cloître pour lui succéder. Mais ce faisant, note Michel Otten, prendre la place du prieur (qu’on appelle Mon Père ») est impossible pour un homme qui s’est exclu des lois (l’interdiction du meurtre, entre autres)..Nous le verrons, cette référence au Père est importante. Par la suite Balthazar reçoit un pénitent qui a commis le même crime que lui, et lui enjoint d’aller s’accuser pour expier sa faute. « mise en abîme », comme le propose Gide à propos d’Hamlet. De plus, Don Batlhazar voudra que sa confession s’adresse à toute l’assistance, et non seulement aux moines.

A l’inverse de ce qui se passe dans les romans policiers, ici, c’est le coupable, et non le policier – ou l’inquisiteur – qui est à la poursuite de l’aveu. On songe bien sûr aussi à Oedipe, et l’ombre de Freud n’est pas loin. Il y a aussi un étrange chassé-croisé entre les caractères des moines:le passionné, le violent – une sorte de saint Paul, le timide, sentimental, ami de l’ordre et de la paix; le Supérieur, qui fait entendre la voix de l’Eglise, qui fait la part des choses. On y retrouve presque la différence entre les ordres contemplatifs et guerriers, Franciscains ou Dominicains.

A la page 17, Miche Otten note que Verhaeren s’est toujours intéressé à la vie monastique; il n’était d’ailleurs pas le seul, toute l’époque allait dans ce sens. Autre source possible:Hoffmann et son Chat Murr, avec le moine Cyprien, qu’un lourd secret porte aussi à l’austérité.

Duhamel, Rilke comptent parmi les premiers admirateurs de la pièce. Celui-ci lui écrit: …l’admiration que j’éprouve toujours de nouveau pour cette merveille qu’est Le Cloître.J’ai tant souhaité que vous fassiez d’autres drames encore, de cette race superbe qui survivre. Enfin, Maeterlinck y admire la fusion du vers et de la prose: Cette fusion (…) qui paraissait impossible, est engin accomplie d’une manière souveraine et avec une facilité, une simplicité, une beauté et une harmonie incomparables. En France; Gustave Larroumet écrira: De ce catholicisme belge,de cette religion, mi-espagnole et mi-flamande, tantôt violente et tantôt douce M.Emile Verhaeren s’est efforcé de nous offrir un tableau complet, avec tous ses contrastes.Gustave Geffroy, de son côté,dira::…la verve flamande qui le porte à exagérer la métaphore et à abuser de l’adjectif. (en fait, ces qualités de son style nous paraissent relever davantage de l’art baroque que du tempérament flamand; elles sont exacerbées, par exemple, chez Georges Eekhoud…Mais il reste toujours l’opposition un peu facile de Van Eyck et de Breughel, NDLR). Marcel Lobet notera, plus tard: Situation, dialogues,raisonnement, tout pourrait être discuté aujourd’hui que le Dialogue des Carmélites et Port-Royal ony montré ce que le théâtre peut tirer de la vie moderne d’un cloître et de ses combats spirituels (…) Malgré les insuffisances et les faiblesses d’un texte où le lyrisme s’épand aux dépens d’une exacte doctrine, on songe à Bernanos, et c’est bien un signe de grandeur.

Michel Otten donne ensuite un exposé très détaillé des représentations qui eurent lieu, tant en Belgique qu’à l’étranger.

Cette édition donne aussi les deux versions du quatrième acte (1901 et 1909), la seconde présentant une version moins grandiloquente de la confession de Dom Balthazar.

C’est Christophe Meurée qui s’est chargé de la présentation et des notes de Philippe II.Il note avec raison que les souvenirs de voyage de Verhaeren, en compagnie de Dario de Regoyos, ont joué dans l’ébauche de la pièce un rôle plus grand que  les modèles, Victor Hugo et Schiller. Le palais jouera un grand rôle dans la création des décors, l’Escurial et Philippe II ne font qu’un.. Christophe Meurée cite Paul Gorceix, p.135: L’Espagne lui réverbère l’image de l’affrontement des forces de l’instinct et de la vie avec les forces destructrices de la mort. (…) Dans cette pièce comme dans la vision que le poète s’et forgée de l’Espagne, les thèmes de la passion amoureuse, de l’amour filial et de la religion sont inextricablement liés et subsumés par le spectre de la mort. Verhaeren se servira d’ailleurs de préférence des textes d’historiens de son époque,, comme Gachard, plurôt que de sources littéraires.

Si le cadre et l’époque sont à peu près les mêmes, l’évolution dramatique, elle, diffère considérablement. Ici, différentes issues sont possibles, et la présente édition en offre deux, pour l’acte 2. Soit Philippe II pardonne à Don Carlos d’avoir laissé s’enfuir la marquise d’Amboise, soit la colère monte entre les deux hommes qui s’affrontent – et nous retrouvons là Freud et la figure du Père – soit, par une sorte de mixte des deux, Philippe II fait semblant de pardonner pour obtenir l’aveu de son fils, qui sera exécuté ensuite. C’est cette solution qui sera choisie en définitive, et elle donnera au Roi sa figure dernière, la cruauté sous le masque de la tendresse – la pire des solutions. Ce choix fait l’économie de la grande scène d’amour – adoration entre les deux amants, poussée jusqu’à l’extrême, dans la première version.

Un moment important de la pièce, p.205, lors d’un dialogue – d’une dispute, plutôt, entre le roi et Don Carlos, celui-ci, marchant de long en large, tombe en arrêt devant un document que vient de signer sa maîtresse, avouant leur complot (partir pour la Flandre, soulever ses sujets). Le secret se trouve dans un écrit, et non dans des paroles. Le livre, l’écrit, est un révélateur de vérité. Fin d’un rêve, et d’une fausse vérité, des mots profonds, tendres et violents. A la page 207, Don Carlos comparera d’ailleurs les paroles à un trousseau vénéneux de serpents noirs. Le passage aux vers, comme à la page 211, peut être un passage de la raison au sentiment., ou marquer les accords et les désaccords entre les personnages (p.143).A différentes reprises, nous verrons les attitudes, les sentiments du Roi se contredire, comme aux pages 212 et 214. Trouble intense, ou fourberie? Et lorsque le roi dit: Je le défendrai de mon mieux, p.216 cette phrase sera finalement supprimée – peut-être l’hypocrisie du roi dépasse-t-elle ici les bornes du supportable.

A la fin de la pièce, comme dans le théâtre anglais de l’époque de Shakespeare, chez Marlowe ou Letourneur, nous trouvons ici accumulation de violences et de brusques revirements, allant presque jusqu’au mélodrame. Ainsi voit-on le moine absoudre Don Carlos après qu’on l’ait étranglé…Ainsi en va-t-il aussi de l’apparition du roi au baisser du rideau.

Christophe Meurée commente, à la fin de son texte, de façon très complète et très sagace, les réactions des critiques et du public, ainsi que les différentes représentations en divers pays. La relation Verhaeren – .de Max, ce de Max, personnage hors du commun, qui allait être, en quelque sorte, le découvreur de Cocteau.

Il est inutile, je crois, de répéter une nouvelle fois tout le bien que l’on peut penser du travail de Marc Quaghebeur et de ses collaborateurs. %ais, disons-le encore une fois, c’est un véritable monument, au sens étymologique du terme – que cette édition de Verhaeren, dans laquelle Michel Otten a mis le meilleur de lui-même, tout en gardant constamment une distance critique vis-à-vis de son auteur, et le souci d’introduire ses lecteurs sans le réseau serré d’une vie intellectuelle profuse, en cette époque où les différentes cultures européennes s’ouvraient enfin davantage les unes aux autres qu’elles ne l’avaient fait auparavant- l’Europe commençait à devenir l’Europe.

Joseph Bodson