Gabriel Ringlet, Des rites pour la Vie, Albin Michel, 2025 ( 2025, 246 pages, 19,90 euros)
Le livre s’ouvre sur l’évocation de différentes personnes adressant à Gabriel Ringlet des demandes de rituels pour marquer – célébrer – un moment important dans leur vie, naissance, union, accompagnement d’un malade, d’un mourant, deuil… Parfois aussi il s’agit de dépasser un traumatisme, supporter l’insupportable en le dédramatisant, pour pouvoir reprendre pied dans la vie.
Ces personnes souhaitaient trouver quelque chose qu’on ne trouve pas nécessairement dans les rites traditionnels, trop stéréotypés, impersonnels.
Partant de l’idée que les rites sont faits pour les hommes et non les hommes pour les rites, Gabriel Ringlet a opté pour une ritualité ouverte, des rites personnalisés, dont les participants seraient à la fois créateurs et acteurs. Plutôt que de suivre un célébrant officiel officiant avec des gestes et des mots prédéterminés.
Ces démarches sont toujours axées sur la spiritualité, mais pas nécessairement braquées sur la religion, car la spiritualité peut se trouver partout dans la nature et dans les créations des hommes. C’est ainsi que les célébrations vues par Ringlet font appel à la musique, à la poésie, au cinéma, à l’art et à l’artisanat, à des textes profanes de tout lieu et de tout temps aussi bien qu’à la Bible ou à l’Évangile.
Chaque célébration est unique et soigneusement préparée ensemble. Il s’agit de mettre en scène, de donner la parole aux participants, dans le décor et avec les objets qui symbolisent leur célébration personnelle de l’événement qu’ils souhaitent marquer d’une pierre blanche. Tout cela nous est raconté au fil des pages, chaque cas présenté nous fait vivre à la fois le drame, le problème ou le bonheur à célébrer et le rituel mis en place. Une célébration sur le pouce – un dé à coudre rituel – ou une mise en scène importante, avec apport d’objets volumineux ou insolites, mais toujours dans une ambiance recueillie. Ce qui n’exclut pas la joie, au contraire, et l’apaisement est au rendez-vous.
L’émotion est très présente au long du livre, une grande humanité se dégage de ces lignes, une ouverture d’esprit, pour tout accueillir avec bienveillance et donner force et lumière. Gabriel Ringlet se voit non comme un maître de cérémonie, mais comme un des participants de la célébration, avec des gestes simples et forts, comme l’imposition des mains. Il évoque le sens peut-être méconnu du mot « maintenir ». Une main peut donner tant de force, tant de vie à celui qui la reçoit.
Mais, bien que souvent bouleversé, le célébrant ne peut pas se laisser envahir par l’émotion, il doit rester fort et rassurant devant le chagrin des petits garçons qui ont perdu leur maman, de la maman d’un grand fils suicidé, qui se demande éternellement : « Qu’ai-je fait ? Que pouvais-je faire ? » et qui ne trouvera jamais réponse. Et quand il s’agit de célébrer une euthanasie, Ringlet parle d’un moment de fraternité exceptionnel, vivre de près le mystère de la traversée.
La deuxième partie du livre évoque des célébrations de plus grande ampleur, où l’on donne un nouveau souffle à la liturgie de Noël ou de Pâques, du mercredi des cendres, en les rapprochant elles aussi de la vie quotidienne et d’une actualité parfois brûlante. C’est ainsi que dans un chapitre intitulé Au nom de la mère – et non du Père ! – il nous fait vivre un Noël laïco-musulman-chrétien où, devant l’assemblée des fidèles, deux mères viennent partager leur égalité dans la douleur et le pouvoir du pardon. L’une a vu sa fille blessée dans l’attentat du métro de Maelbeek, L’autre est la mère d’un djiadiste parti et mort en Syrie. Il s’agit de sauver la souffrance, d’en faire quelque chose.
Sous le titre de Saint-François de Molenbeek, Ringlet nous parle de Bilal, jeune acteur musulman interprétant Saint François d’Assise, cet homme qui avait compris que Dieu et la vie ne font qu’un, et peu importe sous quel nom on Le/la vénère.
Pour terminer sur un élément poétique et essentiel, Ringlet nous révèle son rapport privilégié avec l’arbre, dont il tire force et apaisement, en bon amoureux de la vie dans tous ses états.
Un livre fort, émouvant et apaisant, à lire et relire sans modération.
Isabelle Fable