De cendre et de songe
Isabelle Bielecki
Asmodée Edern (2025, 57pp,17euros)

Guerre et Paix. Face à face. Poésie écartelée entre l’affrontement et la réconciliation, la déroute et le retour, la cendre et la poussière des étoiles.
Le dernier recueil d’Isabelle Bielecki convoque sur une cinquantaine de pages, du côté gauche ou à droite, en italique ou en romain, le mode sans concession ni fioritures de l’impératif.

Ensevelis / Ta honte de vivre

Accroche- toi / Au quartier de lune.

La composition du recueil repose clairement sur l’opposition, le contraste ou le balancement entre la douleur d’être né dans un monde inondé de guerre et le bonheur de pouvoir sentir encore la merveilleuse fragilité des éléments naturels et même l’univers tout entier qui brille dans un flocon de neige ou dans la flamme d’une bougie.
Le lecteur voyage ainsi au bout de la nuit piétinée avant de revoir l’aube salvatrice pointer sa blancheur prête / A éblouir le soleil.
Isabelle Bielecki ne mâche pas ses mots issus de la misère du monde pour exprimer son horreur des colères et des combats comme elle peut s’éprendre en généreuses et subtiles métaphores des caresses d’une fumée sur un toit ou d’un clapotis joyeux de ruisseau.
Ecoutons cette double voix profonde nous parler au cœur de nous-mêmes : souffrir éternellement n’est pas de mise quand le vol des mouettes nous invite à les suivre dans la haute brise de la vie. Même les yeux fermés, il faut pouvoir deviner Le bleu/D’une pensée et goûter à chaque saveur du jour et de l’ombre. Ni se plaindre ni prier mais poser ses pages sur la terre qui trépigne d’impatience et de promesses de printemps. Eviter la peur qui feint le sommeil dans la tête, toute prête à mordre, à étouffer les envies et laisser couler et germer le silence entre les pensées morbides.
La poésie ici est poignante et libératrice. Il faut la sentir sur les lèvres quand elle saigne et l’apaiser dans la paume du vent qui souffle sur les matins vivants.

Recueille
La goutte
Suspendue
A sa tige pendue
Tel un arc
Dans le temps

L’art de saisir la magie de l’instant suspendu…
Un recueil de résilience quotidienne dont la vocation serait tout simplement d’effacer le nuage d’angoisse qui plane encore à l’aube sur nos songes et d’offrir à celle-ci la grâce d’un vol d’oiseaux de bel et nouvel augure.

Michel Ducobu