Isabelle Fable  : un échantillon de textes, au hasard !

LA NUIT D’OPHÉLIE

Perplexe devant son armoire, en pantoufles et peignoir. Que mettre? Ce télégramme, ce matin. Tellement inattendu.

Rien que des vieilleries là-dedans. Des jupes droites, des robes ternes… Jamais allée à un cocktail, Ophélie. Jamais allée nulle part. Mariée à vingt ans. Élevé cinq garçons. Et sept de la génération suivante. Pas le temps. Jamais eu le temps.

Ses belles-filles travaillaient. Elle pas. Alors elles apportaient les enfants et le linge à repasser chaque matin. Cinq ménages, cinq jours de repassage. Le samedi, nettoyage. Et le dimanche consacré à Émile, le premier et dernier enfant, son mari. Six mois déjà qu’il est mort, Émile. Elle est seule désormais, ils sont tous grands, on n’a plus besoin d’elle.

Ophélie bat les robes dans la penderie, comme on feuillette un vieux livre trop connu. Désolant tout ça. Désolants, ce visage, ces cheveux qui pendouillent. Une geisha, avait dit Émile en lui offrant le peignoir, il y a longtemps, si longtemps. Une geisha… Tu parles.

Changer l’eau des fleurs, elles en ont besoin. Des œillets. Toujours un plaisir de savourer leur parfum poivré. Elle s’essuie les mains. Combien de fois les a-t-elle essuyées, ces mains ? Combien de fois les a-t-elle mouillées, pour tout son petit monde ?

Plus très sûre d’exister, à force de s’oublier, Ophélie. C’est bien elle pourtant qu’on a conviée ce soir. Ses fils veulent l’associer à l’inauguration de leur boutique de prêt-à-porter. C’est son argent, bien sûr, qui a servi à ouvrir la boutique, mais elle se sent si loin de ces choses.

Ce sera l’occasion de les voir tous. On ne les voit pas souvent, ils sont tous si occupés. Depuis la mort d’Émile, elle ne les a vus que chez le notaire. Allons, il faut se ressaisir. Il faut leur faire honneur.

***

Sur le pas de la porte, Ophélie hésite. Tellement de monde, tellement de bruit dans la boutique, tellement de fleurs. Comme une jeune fille lors de son premier bal, sur le pas de la porte, Ophélie existe.

– Maman, c’est toi ?! Qu’est-ce qui t’arrive ? Je ne t’avais pas reconnue ! Tu te teins les cheveux maintenant ? Et cette robe !

Elle s’avance, radieuse.

– Belle hein ? Une folie. C’est pour vous. Je voulais vous faire honneur…

– Mais il ne fallait pas. Ce… ce n’est plus toi !

– Parce que c’était moi, cette vieille femme défraîchie ?!

– Mais…oui… Sans doute.

– Vous ne vous êtes jamais posé la question de ce que j’étais.

Rayonnante, abandonnant son rôle de passe-muraille, Ophélie tourne sur elle-même. Soie imprimée, cheveux cendrés, chaussures vernies, maquillage pimentant ses yeux gris, sa bouche sensuelle, Ophélie danse.

– Ce n’est plus toi Maman. Tu as l’air … trop jeune.

Ça te gêne?

Elle s’échappe en riant, heureuse de n’être plus ni mère ni grand-mère. Assez donné. Femme simplement. Libre. Libre de vivre. De croquer la vie à belles dents… tant qu’elle en a !

Tellement lumineuse qu’elle, l’invisible, l’effacée de toujours, voit les regards la suivre, lui sourire, les gens venir à elle. C’est si nouveau qu’elle ne s’en lasse pas. C’est grisant. Et la soirée se passe, merveilleuse…

  • Alors, Maman, tu as passé une bonne soirée ? Je vais te ramener chez toi.

  • Appelle-moi un taxi.

  • Un taxi ? Pour aller où ?!

  • M’amuser…

***

Elle se fait déposer à la foire du Midi. Envie de déambuler dans l’inconnu. Envie de se perdre dans la foule, de prolonger la folie. Cendrillon d’un soir. La nuit est à elle, bruyante, assourdissante, pleine de musique, de lumière et d’odeurs. Elle se sent belle, on la regarde. La robe y est pour quelque chose, sans doute. L’éclat des yeux fait le reste.

Un homme l’escorte de baraque en baraque, ça fait un moment qu’il la suit. D’abord amusée puis agacée, Ophélie s’engouffre dans la tente d’un mage pour lui échapper.

Et là, d’un seul coup, sa vie bascule. Car le voyant lui prédit la trappe de la mort pour bientôt. Très bientôt.

Ophélie ressort, toute pâle, s’efforçant de maîtriser la glace qui lui étreint le coeur. Effondrée. Plus rien n’est pareil. Le bruit l’assomme, la lumière lui vrille les yeux. Elle craint de s’écrouler sur le trottoir. L’homme est toujours là. Alors elle se jette à la mer, nage vers lui dans son naufrage, comme vers un phare.

Chaque minute compte désormais. S’offrir ce qu’elle n’a jamais pu s’offrir. Une dernière tranche de vie, une première nuit de folie. Sensations fortes, manèges vertigineux, musique affolante, le monsieur sympathique à son bras, complice. Et rire. Peu importe ce qu’il va penser. Désormais, c’est elle qui compte. Pas les autres.

Sans passé, sans futur, extraordinairement légère, Ophélie. Déjà vide de tout. Intensité du moment. Aucune entrave, aucun tabou, aucune loi ne la concernent plus. Liberté devant la mort. Liberté d’après la vie. Elle s’amuse.

L’homme la couve d’un regard pétillant cerné de pattes d’oies. Il n’est plus tout jeune, elle non plus. Sa voix est douce, il dit des choses folles dans cette nuit folle : elle devrait faire du cinéma, elle a un physique qui lui plaît, il s’émerveille de sa pétulance, de sa vitalité, de sa gaieté, de la vie passionnante qu’elle a dû mener pour rayonner ainsi !

– Moi, mais je n’ai jamais rien fait ! Qu’élever mes cinq garçons. Ma vie s’est passée à la maison !

– Vous avez élevé tant d’enfants et vous trouvez que ce n’est rien?

Elle rit, se lève pour cacher son trouble. Pour fuir la mort. Pour fuir la vie. Pour vivre encore un peu.

Ils arrivent à la grande roue quand soudain brusquement, Ophélie se précipite en avant, d’un coup, déchirant sa robe dans le grand écart qu’elle fait. Un cri tombe du ciel, qu’elle reçoit dans les bras comme un cadeau de pierre. Choc violent, tout devient noir autour d’elle.

***

Des pieds. Un cercle de pieds autour de leurs corps affalés : elle a dans les bras une petite fille en robe légère, qui tremble comme la feuille. Une femme hurle vers sa fille. Ophélie reprend ses esprits, doucement. Il y a du sang sur les robes. Ça y est, elle est morte. Bizarre comme ça ressemble à la vie, la mort.

– Je suis morte ?

– Mais non, tu n’es pas morte ! Tu es extraordinaire. Comment as-tu su que cette enfant allait tomber ? Comment as-tu pu l’attraper ?

– Je l’ai su, c’est tout. J’ai couru.

– Quelle femme épatante. Quelle actrice. Tu feras des merveilles ! Je t’engage, tu es exactement ce que je cherchais pour le rôle.

– Morte, bredouille-t-elle. Le voyant m’a dit…

Le sol se met à danser la sarabande. Elle n’ose plus bouger, persuadée que le moindre mouvement la précipitera dans l’abîme. Elle est sur le fil, à grelotter dans la torsion du temps, à profiter de cet instant magique et du regard de l’homme penché sur elle. Si brillant qu’il fait naître des émotions oubliées depuis longtemps.

Elle décide soudain de ne pas mourir, pas tout de suite, et s’accroche au regard qui la tient suspendue au bout du fil, du filin, fil de lin, fil de rien, où se retient sa vie éperdue… Prête à s’évaporer.

Se faufiler en catimini dans la peau de cette nouvelle Ophélie. Enfiler sa vie en douce. Le voyant n’en saura rien. Et filer avec l’homme aux pattes d’oie. Ou sans lui… après tout, elle ne lui doit rien. Elle seule compte désormais. Ophélie vient de naître.

Isabelle Fable

Nuit et Jour

En ce temps-là, il y avait le jour. Le jour s’était proclamé roi et personne ne l’avait contredit. Il régnait donc en maître.

Le roi Jour était, comme il se doit, extrêmement brillant, généreux et très imbus de sa personne. Il allait dans l’espace, vêtu d’or et de lumière, le nez levé, la barbe ardente, rayonnant de suffisance ensoleillée.

Mais toute sa suffisance ne lui suffisait pas car il n’y avait personne pour l’admirer, personne à éclairer, personne à réchauffer. L’ennui seul sur ses talons…

Il en vint à croiser au cours de ses errances rondes la reine Nuit, douce dame invisible, impalpable, décelable à son seul parfum de mystère. Elle se tenait immobile, immuable, dissimulée dans l’ombre, drapée dans son étole de brume. ‘Belle comme le jour’ serait l’expression idéale. Mais elle semble plutôt mal venue car on ne pouvait rêver plus dissemblables que le Jour et la Nuit. Elle était belle et c’était là son drame. A quoi bon être belle dans un monde aveugle, un monde où la lumière vous ferait disparaître aussitôt ?

Le roi Jour fut immédiatement conquis par le mystère de l’insondable Dame, irrésistiblement attiré par ce trou noir. Il s’avança. Elle prit la fuite. Il s’engagea à sa suite. Elle accéléra. S’il parvenait à la rejoindre, elle s’envolerait en fumée. Et, même invisible, elle était très consciente et très contente d’exister. Pour tenir le Jour à distance, elle le menaça d’un sort terrible, l’antimatière, qui l’absorberait à son tour.

Le Jour se tint donc à distance respectueuse mais se mit à lui tourner autour comme un cercle autour de son centre. Le cycle était né. A intervalles réguliers, son visage lumineux éclairait la face pâle de la dame de la Nuit, qui se détournait aussitôt et n’offrait plus qu’un croissant effilé avant de se détourner tout à fait.

Éperdument amoureux, le Jour ne se décourageait pas et le soleil tournait sans fin autour de la lune, espérant la séduire en la faisant luire. Et la Nuit continuait à se voiler la face, refusant l’approche de ce Jour arrogant, qui ne pouvait lui apporter que la mort et qui ne le savait pas.

Comment cependant ne pas aimer le soleil ? Attirée malgré elle par la chaleur et la lumière, elle ne pouvait s’empêcher de lui offrir son visage pâle avant de faire volte-face, la peur étant plus forte que tout. Amour impossible. Les extrêmes s’attirent, dit-on, mais comment se joindre sans que l’un fasse automatiquement disparaître l’autre ?

Cela pouvait durer longtemps, l’un s’acharnant, l’autre s’esquivant. On tournait en rond, c’est le cas de le dire. Pour quitter ce cercle vicieux, la Nuit s’en vint demander conseil au Maître de l’Univers. Il se gratta la barbe et battit des cils. « Vous me posez là un problème insoluble, dit-il. Les rencontres n’étaient pas prévues. Qui sait ce qui résultera de vos caprices ? L’amour, en voilà une idée… Vous êtes des extrêmes, vous vous annulez. Et voilà que vous voulez vous allier ! Vous aliéner ! Fous que vous êtes ! Vous ne pouvez ni vous joindre ni vous séparer. Je n’ai pas de solution. »

La Nuit afficha une mine plus sombre que jamais, ce qui n’était pas une sinécure. Et de l’obscurité jaillit soudain la lumière.

– J’ai peut-être une idée, dit le Maître, c’est de vous lier dos à dos à quelque chose qui serait votre intermédiaire. Vous y seriez attachés mais sans jamais vous voir. Une éternelle partie de cache-cache. Ca vous va ?

– Attachés ? Cache-cache ?

– Reliés par des charnières, qui vous uniront tout en vous séparant, afin que chacun conserve sa spécificité. Laissez-moi réfléchir. Il faudrait que ce soit rond, pas trop sombre, pas trop lumineux…

Il se concentra fortement, battit des cils et de la barbe, et son ventre soudain enfanta une boule de feu qui lui jaillit d’entre les jambes, oscilla un moment dans l’espace et se stabilisa. La Nuit recula, effrayée.

-Voilà, dit-il, très satisfait. Je l’appellerai…Terre. C’est cela, Terre. Prends-la. Ce sera ton talisman, ton bouclier, ton parasol. Si tu le perds, le Soleil te brûlera. Sinon, tout se passera bien. Approche-toi du Jour derrière ton parasol, montre-lui ton visage un instant, il te montrera le sien. Aie le courage de le regarder bien en face. Laisse-toi pénétrer de son rayonnement. Il te brûlera. Mais ce stigmate est nécessaire à votre amour. Et tes ténèbres l’envelopperont sans qu’il le sache.

Vos figures à tous deux resteront marquées de taches, ce sera le sceau de votre passion. De cette union fugace naîtront deux enfants. Chacun de vous engendrera son semblable mais qui ressemblera à son contraire. La Nuit engendrera la clarté, féminité. Le Jour engendrera le sombre, masculinité.

Ta fille s’appellera Aurore. Elle ressemblera au Jour et ira chaque matin lui porter ta féminité. Quant au fils du Jour, il s’appellera Crépuscule et sera appelé à se fondre en toi chaque soir au nom du principe masculin. Cette fusion scellera votre union à tout jamais.

Vos enfants vous sépareront et vous uniront en même temps. L’ensemble tournera sans fin et vous ne pourrez jamais ni vous joindre ni vous séparer. Ca vous va ?

-Et l’Ennui ? Ne nous guette-t-il pas ? murmura la Nuit en détournant le visage de la Terre, qui l’aveuglait.

– L’Ennui ? Bon, je vais vous donner de quoi vous  occuper. De votre union naîtra un élément nouveau dans l’Univers. Je l’appellerai… Vie. Ca pourrait être amusant.

-Vie ? Et à quoi le reconnaîtrons-nous, Vie ?

– Mais je n’en sais rien. Vous verrez bien. Contentez-vous de tourner autour de votre Terre. Que le Jour offre son soleil à la Nuit. Qu’elle le cajole jusqu’au matin et le donne à sa fille Aurore, qui le rendra tout revigoré au Jour. Que la Nuit offre sa lune au Jour. Qu’il la polisse de ses rayons brûlants et la donne au Crépuscule. Celui-ci la rendra à la Nuit à nouveau brillante et claire. C’est tout simple.

Ce cadeau, vous vous le ferez sans arrêt et il créera l’étincelle de vie et tous les cycles, tous les cercles, la danse des atomes et des cellules, les ventres ronds, les troncs des arbres et les tourbillons du vent. Vous serez les balanciers du monde.

La Nuit fit comme on lui avait dit. Elle fila vers le Jour avec la Terre en bouclier. Et ce fut une face éclairée, reflet de la Terre en fusion, qu’elle présenta au Jour. Qui se ressemble s’assemble. Le Jour fut séduit par ces boules jumelles, qui lui rappelaient son propre visage. La fusion ne dura qu’un instant puis la Nuit s’enfuit comme l’éclair, entraînant la Terre à sa suite, tellement vite qu’à force la Terre perdit sa couleur rouge et devint grise, brumeuse et froide… Comme la lune ? Non pas. La brume qui flottait alentour en écharpe se transforma très vite en eau, en belle eau bleue, qui se mit à tomber, tomber, tomber, comblant le sein de la Terre. Et la Vie se mit à germer, germer, germer…à n’en plus finir.

Et depuis lors, Nuit et Jour tournent la main dans la main, entre Aurore et Crépuscule, pour notre plus grand bonheur à tous. Et l’Amour a fleuri…

C’est depuis lors que tout peut être aimé. Hélas, comme rien n’existe jamais sans son contraire, c’est depuis lors aussi que tout peut être haï.

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Arthurine et Mathurin

Voilà des heures maintenant que Mathurin donne de la voix, sur un ton de plus en plus implorant, qui finit par virer violent, ça fait des heures qu’Arthurine l’ignore délibérément. Sa voix résonne en vain dans le cliquetis résolu des aiguilles à tricoter qui se heurtent à la dentelle d’une écharpe qui n’en finit pas de s’allonger. Ce bruit qu’il juge insupportable et qu’elle lui impose chaque jour, chaque soir après avoir rangé sa vaisselle… Elle s’assied dans son fauteuil crapaud, ajuste ses lunettes autour de ses oreilles délicates et tricote imperturbable. Insensible au regard de Mathurin qui attend dans le fauteuil d’en face guettant le moment où enfin il va se passer quelque chose.

Car il va se passer quelque chose. Il le faut, il n’y tient plus.

Brusquement il arrache le tricot des mains de la tricoteuse, prend la position voulue et se met à cliqueter des deux aiguilles en poussant des cris aigus à percer les tympans.

Cette fois, elle l’entend, elle ouvre des yeux horrifiés, se bouche les oreilles, elle le voit, elle l’entend. Il existe… le petit singe qu’elle a recueilli par bonté d’âme, dans l’espoir stupide d’en faire un homme à sa merci.

(texte d’improvisation, dix lignes en dix minutes sur quelques mots donnés, un jeu délirant !)

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Ce sera mieux hier

Forcément. C’est toujours mieux hier.

Hier, j’étais jeune, belle, sûre de moi, l’avenir était soleil et je ne craignais rien.

J’avais un homme qui m’aimait, que j’aimais, des enfants adorables, et des petits-enfants et un chat et un chien. Une maison, un jardin. Un métier passionnant. Et des vacances hors du temps, où me ressourcer. Hier… c’était bien.

J’étais, j’avais… Je travaillais, j’aimais, je créais, j’évoluais, je donnais, je recevais…Toujours à l’imparfait ? Imparfait, sans doute. Mais j’ai oublié les imperfections, pour ne retenir que les beaux côtés de cet hier de nostalgie.

Aujourd’hui, eh bien, aujourd’hui, je m’efforce d’être … d’aimer, de créer, de supporter les imperfections présentes, de faire avec ce qui me reste.

Etre présente au présent, comme hier. Sans doute loin d’être parfait, mon présent. Mais présent. Mon présent, mon passé à venir.

On ne peut être et avoir été, dit-on. Peut-être que si, justement. Car je suis. Aujourd’hui comme hier, je suis l’être que je suis. Et ce qui me définit aujourd’hui, c’est bien cet infinitif présent. Pas cet infinitif passé, ce passé définitif, définitivement dépassé, cet hier qui m’a définie, bien sûr, qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui, mais qui est sans recours. Sans secours. Inchangeable.

Alors, mieux hier ?

En attendant mieux, peut-être. Car s’il existe un « infinitif présent » et un « infinitif passé », « l’infinitif futur » n’existe pas. Il reste à l’inventer. Après être et avoir été, il faudrait encorêtre, en remettant le magique hier au goût du jour présent pour le passé à venir.

Le temps est une dimension éminemment discutable et un élément essentiellement malléable. Profitons-en pour lui en faire voir de toutes les couleurs !

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Le printemps

Sujet rabâché s’il en est, le printemps, et pourtant, quelle merveille que ce primus tempus, qui chaque année secoue ses plumes pour nous offrir une impression de début du monde, où la vie se ramasse et bondit, ivre d’elle-même. Adieu neige et frimas, bonjour neige en pétales, ressortent hérissons terrés, museaux pointés, becs entrouverts, bonjour la soif de vivre et de chanter.

Chaque année, je renais, légère, et la vie recommence, plus belle et plus forte, éternelle et fragile, de plus en plus précieuse à mes yeux. Un grand merci monte en moi, merci à qui, je ne sais pas, au miracle de la vie, peut-être ?