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 Jacques Sojcher, Très doucement,  éditions Au coin de la rue de l’Enfer avec cd enregistrement de Monique Dorsel 2015

Ce besoin de douceur que chacun a en nous renvoie à l’origine de ce que devrait être l’Humanité, ce que tente d’initier le poète écrivant « quelques mots sur un carnet pour ne rien perdre de la perte ».
Kaléidoscope de la vie courante d’amour entre les gestes les plus quotidiens observés de manière à les laisser découvrir. Beaucoup de mots mêlés autant que « l’immense, l’immense manque ». Etrange quête à chercher entre les phrases l’instant salvateur du souvenir d’enfance : « histoire perdue, dont il ne reste que la mémoire floue ».
Poésie de situation, presque de scénario cinématographique de manière à susciter l’émotion à travers l’instant qui évoquerait le moment idéal. Quelque chose de la « madeleine de Proust » avec la religion pour témoin, ce qui sacralise l’évènement musicalisé d’anges enchanteurs, même si derrière l’ange se cache la femme idéale, recherchée, unique avec le risque trop imagé de transcender une sorte de maternité perpétuelle :
« Tu seras toujours seul, avec ta demande de douceur perdue. Tu fabriques ton exil et ton abandon, corps d’images et de noms ».
L’être magique est « dans la splendeur des ailleurs ».
Reste ce bonheur de voir l’inaccessible étoile briller…
Belle écriture itinérante rappelant l’exil. Et c’est bien là l’acte d’écrire de subtiliser le rêve à la réalité quand ce n’est pas le contraire. L’auteur dit lui-même que « l’acte est aussi rare que le sujet », évoquant débris et morceaux mais pas de n’importe quelles ruines, rendant l’urgence de sa quête intemporelle.
Le style irradie. Brille. Eclaire. Comme si l’auteur était signe, témoin, flambeau de sa solitude.
Jamais aussi brillant que quand il s’en prend à l’écriture même, ce que fait Jacques Sojcher, « l’écrivain est un malade du réel, un minimaliste du vide, un artiste de mots, de phrases d’absence, de chants irréels, un maître d’ivresse ».
Le temps, le lieu n’existent que dans une ville qui n’existe plus. Seul l’instant de la réflexion n’est pas gommé. Pas détruit…mais bien « gommé » comme pour esquisser, sans plus s’arrêter, l’idéal perpétué dans ce souffle duquel on comprend finalement peu : l’écriture.
Car l’écriture elle-même a été insufflée. Mais par qui ? Et c’est là toute la question de notre vraie solitude : « Quels sont les lendemains (proches ou lointains) qui chantent ? Où est Dieu ? Où est la poésie faite par tous ? Où est le Nouveau monde amoureux ? ».
Livre-testament ? Certes non. Plutôt un questionnement universel : « Tu bredouilles le nom imprononçable de Dieu. Tu vas bientôt partir sur la pointe des pieds ».
Avec douceur, en chantant et avec des points d’interrogation dans les yeux ?

Patrick Devaux