Jean-Philippe Querton, Délits d’initiales, aphorismes, Cactus inébranlable éditions, 2020,100 pp.,10 E.
Aphorisme: selon le dictionnaire, L’aphorisme, en grec aphorismos, du verbe ἀφορίζειν (« définir, délimiter »), est une sentence énoncée en peu de mots — et par extension une phrase — qui résume un principe ou cherche à caractériser un mot, une situation sous un aspect singulier. Aspect singulier, mais qui permet parfois de mieux percevoir un aspect non soupçonné, inattendu, de la chose, ou du concept, ou du machin. Ainsi, larvatus prodeo, comme disait Descartes, je m’avance masqué, cela peut aussi s’adapter, si vous voulez, au carnaval de Binche, ou à l’époque que nous vivons. Un arbre peut cacher la forêt, ou un train peut en cacher un autre, cela peut s’appliquer aux enfants qui jouent à cache-cache, à un chef de gare facétieux, à un ministre des finances véreux. L’arbre qui cache la forêt, propos d’écureuil, de bûcheron myope, d’agent secret, ou bien de la BBC en 1940.
Bon. Tout cela pour vous dire – mais vous le saviez déjà – que l’aphorisme, chez Jean-Philippe Querton et ses amis, c’est une autre façon de voir le monde: le moyen aussi de faire passer toutes les audaces, qu’il s’agisse du sexe, de la politique, de la littérature, de la vie quotidienne sous ses aspects habituellement cachés (ici, le caca et le pipi sont permis, ce qui est d’un grand soulagement pour ceux qui ont gardé leur âme d’enfant). Ou bien encore, plus simplement, un jeu avec les mots, les sonorités. Comme chez les enfants, le jeu de cubes, ou encore la décalcomanie. Ou les bulles de savon.
En plus, chez Querton, il y a le côté Lucky Luke. Il tire plus vite que son ombre. Et peut-être en viendra-t-on, plus tard, a dire d’un aphoriste, non plus: il a fait un carton, mais: il a fait un querton.
Mais je lui cède la parole – il est grand temps, c’est pour l’écouter, lui, et non moi, que vous êtes venus. Vous êtes toujours là? Alors, allons-y:
D’abord, un exergue d’André Breton: Jouer avec les mots n’est pas qu’une activité ludique; c’est une manière de composer des relations inédites entre les choses et donc de transformer notre vision du monde.
Chaque soir, la chauve-souris et moi avons rendez-vous. Et nous comparons nos calvities.
Même lorsque j’observe sa tombe, j’ai l’impression que mon père m’adresse des reproches
Ecrire de manière lapidaire ne signifie pas de se faire lapider.
N’allez pas en vacances dans des lieux communs.
Si l’on parle souvent des liens sacrés du mariage, que dire des lacets dénoués de l’infidélité?
Et si l’aphorisme n’était qu’un petit spasme rhétorique?
Des mots qui collent dans les dents ont le goût du caramel.
La poésie s’enferme dans des codes, l’aphorisme c’est la liberté.

Stop ou encore? (Ça, c’est pas lui qui le dit, c’est moi, enfin, pas moi tout seul) Je vous signale aussi qu’un certain nombre d’aphorismes, numérotés mais non successifs, concernent le métier d’éditeur. Curieusement, il y a là moins de contrepèteries qu’ailleurs. C’est assez normal, un pickpocket glisse la main dans la poche des autres et pas dans la sienne, à moins d’être contorsionniste: essayez donc un peu de mettre votre main droite dans votre poche gauche!)

Vieux couple naufragé cherche méduse pour construire radeau.
On finira par ne plus connaître le masculin de poétesse.
Laissons l’aphorisme fomenter.

Bon. J’arrête, sinon vous n’allez plus acheter le livre. Et ce serait dommage.

Joseph Bodson