Anne-Marielle Wilwerth La haute couture de l’infime poèmes éditions Bleu d’encre ( 2025, 95 pages, 15 euros)
Anne-Marielle veut-elle en découdre avec les mots quand sa précision poétique bien reconnue fait mouche à tous les coups ou « s’assurer que rien ne manque/ ni autour/ ni dedans » ?
Toujours entre rester et partir, la poète « vient détacher les liens des faux départs ». Une fois encore, contrairement au titre du recueil qui pourrait évoquer indirectement la mode, Anne-Marielle interprète autrement la lumière que vous et moi : « ce qui pénètre par la fenêtre/ n’est pas la lumière/ mais tout ce dont on a besoin/ pour inaugurer le naître/ et nourrir nos attentes pendulaires », ce dernier adjectif marquant le temps tandis que « nous sommes scénaristes/ de l’intemporel » et qu’elle souhaite « dédommager le temps/ en lui offrant/ l’inespéré ».
On reconnait, une fois encore, cette vitalité à user de l’adjectif comme de substantifs, ce qui donne de l’élan supplémentaire aux poèmes laissant par là même le lecteur choisir l’audace qui lui convient ou qu’il ressent.
Entre « l’ « inouï », l’ « infime » et l’ « inespéré » Anne-Marielle ventile, à sa façon, « le bleu », cette couleur pour elle « abyssale » et qu’elle maîtrise également avec le regard intense qu’elle dégage à vouloir « poncer nos certitudes ».
Un des meilleurs recueils de la poète, illustré ici par Marc Bergère avec également une exergue d’Harry Szpilmann et cette magique citation de René Char : « Nous sommes dans l’inconsolable, mais avec des repères éblouissants ».
Anne-Marielle, incontestablement, fait partie des meilleurs « ourlets du langage », défiant avec douceur ce sablier qui nous concerne tous: « Le sablier décompte/ les mots qui restent/ mais sous la dune/ nos mémoires enfouies/ couvent encore un avenir« .
Patrick Devaux