Laurence Legrand Ce soir-là opus#14 éditions Lamiroy (2026, 72 pages, 10 euros)
Sophie semble se rendre quelque part avec un stress certain et un amer constat : « Non, c’est vrai, pas l’adversité, juste une course permanente contre la montre ». Elle marche avec une idée presque obsédante : « Elle regarde ce livre dans la vitrine. Cette fois-ci, il lui faut acheter. Elle se promet de quitter son bureau plus tôt ».
La rébellion intérieure couve. On devine l’auteure l’encourager ! Vrai qu’un destin dépend régulièrement d’une décision à prendre et quand le destin s’en mêle avec une rencontre fortuite…ça aide…
Le texte évolue lui-même avec une idée de texte. Le mot entre les mots encouragerait -il le mot ? C’est que l’émulation peut venir de n’importe où. On reconnaît bien là l’idée principale motivant Laurence : faire dire, faire écrire et surtout faire accoucher sur papier.
Maïeutique en vue pour l’héroïne du texte !
Sans bousculer Sophie aide Thomas coincé entre ses pages accidentées (Sophie a provoqué la chute des feuillets involontairement) et non numérotées, triturées en hésitations depuis plus de 5 ans. Sophie va-t-elle retrouver Thomas parti précipitamment en laissant son manuscrit alors qu’il omet de lui laisser ses coordonnées ?
Sophie s’attelle à la relecture du manuscrit. On comprend bien le milieu suggéré ou non de l’atelier d’écriture, de l’avis qu’on reçoit ou qu’on demande, etc.
Transparaît l’idée du livre jusque dans ses manipulations : « Ne pas faire de bruit, ne rien faire tomber. Un livre qui vole par terre, c’est un coin écorné, une couverture pliée et un exemplaire qui ne vaut plus rien. Tant de beaux objets qui dès qu’ils passent le pas de la porte ne valent plus tripette ».
Avec « Ce soir-là » on comprend bien la motivation de l’auteure pour également donner son avis sur des choix ( ou non choix) de lecture pour le livre complice : « Elle adore l’odeur des livres, la texture des couvertures, le bruit des pages qu’elle tourne. C’est comme si rien qu’en les regardant, elle se sentait moins bête. Moins seule aussi ».
Avec toujours dans son esprit Thomas et ses idées de « relectrice », le temps file et la désillusion s’installe alors que le travail alimentaire commence à peser.
Quand apparaît sur la vitrine de la librairie la parution du livre de Thomas, le monde semble basculer.
Une dédicace en exergue du roman paru va-t-elle tout sauver ?
Alors qu’on croit l’intrigue nouée, tout commence seulement…
Parmi les questions essentielles posées, celle-ci : « Sans le vouloir, l’auteur n’écrit-il pas pour devenir quelqu’un d’autre, pour créer un personnage qui vit sa souffrance à sa place ? Les mots sont de la matière, comme de la terre que l’on malaxe pour lui donner une forme ». Un jour il faut croire à son propre soir pour que s’allument les aurores.
Patrick Devaux