Le nuage et la rivière d’Éric Brogniet poèmes frontispice d’André Sprumont éditions Le Taillis Pré (2025,153 pages, 18 euros)
Voici donc une écriture équilibrée subtilement entre axiomes, aphorismes et poésie sur un fil vertigineux mêlant un double encordement d’ombre et de lumière où couve ce qu’on peut dire d’un silence qui en dit long tandis que le poète se demande « de quelles bribes de mémoire » il est question.
Eric s’encourage et encourage autrui à « déplier le silence » tandis qu’il a grande conscience de cette part involontaire qui l’habite : « ce qui advient était déjà là/ Quand il ne le savait pas », le tout apprécié avec une mémoire qu’il dit « lacunaire ».
Les propos m’ont parfois fait penser à « Lettres à un jeune poète » de Rilke, encourageant à se connecter à la vérité intérieure, le ton d’Éric étant cependant plus universel et plus global.
C’est sans doute entre nuages et embellies que coule la rivière quand l’auteur se pose la question : « Tout langage ne dit-il pas/Ce qui restera sans voix ? ».
Avec également parfois l’évocation de la musique ou des arts picturaux, Eric rappelle notre difficile condition « de se charger des larmes d’autrui/ Quand chacun sait qu’il sera seul/ Au moment de mourir » le restant des propos veillant à apporter à la vie un certain soin.
Également à la recherche d’une forme d’absolu, le don de soi est préconisé à la mesure des possibilités de chacun alors que « La rivière ne sait rien encore/ De la mer ni du nuage ».
Patrick Devaux