Jean-Marie Corbusier et Yves Namur L’écrit se creuse poèmes éditions Méridianes Collection Duo (2025,19 pages, 12 euros)
C’est en passant d’une idée à l’autre évoquant le sillon exprimant la pensée à partir de trois vers de Paul Celan repris en exergue, qu’Yves Namur et Jean-Marie Corbusier se répondent, en italiques pour Yves et en caractères romains pour Jean-Marie, dans cet opuscule court mais dense ;
« Et comment marcher/pas à pas/ sur cette couronne de sable/ éventée/ d’une rive à l’autre/ comment marcher si ce n’est/ en tombant » (YN), la démarche suggérant un progressif échange : « De faille en faille à ausculter/ces débris ces pas/ de porte à porte/ mot qui ne dit plus que lui/ buée/tire quelles questions/ ce mot étrange (JMC) L’écrit – disait-il – se creuse /et en parler n’est rien d’autre/ qu’une lame de silence/posée/ à même le sable mouvant/ là sur l’éclat écarlate/éclaté » (YN).
On aura compris que la recherche elle-même de la motivation de l’écrit est mise en voix tandis que se creuse le moment du basculement, l’un suggérant un « va-et-vient de papiers froissés » (YN), sensible également au hasard « tel le dé qu’on lance en l’air » (YN) ce qui, bien sûr, fait penser au « coup de dés » de Mallarmé, et l’autre rendant le corps présent à « réparer pour exister » (JMC).
Entre eux…la faille à combler jusqu’à la page accomplie en parfaite résonance. Tandis que l’un parle d’échancrure (JMC) et l’autre de faille (YN) on sort des mots et de leur belle complicité avec éblouissement.
Patrick Devaux