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Marcel Peltier, Décantation du temps, poèmes, éd. du Cygne, Paris.

Il vaut la peine, me semble-t-il, de reprendre l’introduction que Marcel Peltier, revenu à la poésie après un long silence, a placée en tête de son ouvrage, sous le titre Hors d’œuvre:

Que sont ces fragments écrits sous la contrainte? Chacun d’eux contient entre quatre et six mots répondant à l’hypothèse émise par F.T. Le Lionnais dans la Bibliothèque oulipienne, volume 1, page 51, aux éditions Seghers. Il est question de créer, de légitimer, de valider des poèmes efficaces écrits avec peu de mots. L’objectif poursuivi est d’offrir au lecteur potentiel des stimuli capables d’éveiller en lui des images personnelles enfouies dans son subconscient, images qui peuvent évoquer des états poétiques. Il est certain que le haîku japonais est déjà une forme minimaliste avec ses dix-sept syllabes qui peuvent être réduites par nombre d’auteurs francophones ou anglophones. Toutefois, j’ai renté d’aller plus loin dans l’approche minimaliste du poème. Les quanta de poésie de Guillevic m’ont certainement influencé, ainsi que les haïkus extrêmement brefs de Cécile Cloutier. Chacun de mes fragments s’écrit sur deux lignes. Entre la première et la seconde existe une césure pour opposer deux images complémentaires. Dans la majorité des cas, j’évite l’emploi de figures de style comme les métaphores; je préfère présenter une poésie du « il y a » avec des attaches réalistes. J’invite le lecteur à lire très lentement chaque fragment, source potentielle de méditation et de remise en question.

Il est rare de trouver un poète aussi conscient de sa démarche et des procédés qu’il emploie. La contrainte, la règle qu’il s’impose à lui-même, et qu’il va respecter scrupuleusement. Le but, bien loin de se replier sur lui-même, est de placer le lecteur dans un état poétique, par le moyen d’images éveillantes. Le surréalisme n’est pas loin, mais le surréalisme est une sorte de grande marée bien souvent enclenchée par un afflux de mots et d’images. Ici, le minimalisme, au contraire, se base en définitive sur deux mots dont le choc, l’opposition, vont provoquer l’étincelle d’où surgira ce feu économe, cette chaleur retenue. Une question peut-être simpliste: comment obtenir ces deux pierres? Par le tri, le tamis, ou bien plutôt par le choc répété des deux silex, enlevant, morceau par morceau, et parfois infinitésimaux, deux outils parfaits? Peut-être la seconde voie, car la première nous mène déjà à la multiplicité. Au cours d’une promenade, en laissant jouer le hasard, comme le premier de ces textes semble nous y inviter:

ce sentier / où nous marchons.

Assez souvent, le verbe est absent. C’est que le nom, les deux noms, sont actifs, de même les adjectifs et les participes: ainsi, p.11:

vagues / instants de lune passagère

ou encore, p.46: solitude / la chaise blanche abandonnée

Je n’en dirai pas plus, vous laissant le plaisir et le devoir de la découverte. Disons simplement que beaucoup de ces courts  textes pourraient servir de prétexte à un peintre, un peintre de l’élémentaire, comme le fut Cézanne, ou de point de départ à un roman. La première phrase d’un roman, c’est comme le fil que l’on passe avec  beaucoup de peine par le chas d’une aiguille. Mais vous ne pouvez être riche, ni chamelier. Seulement attentif aux miracles.

Joseph Bodson