Marche et rêve éditions Patrick-Henin Miris Cactus Inébranlable (2025, 90 pages, 12 euros)
Outre ses idées propres, l’auteur implique autrui dans l’ouvrage : « Je suis arrivé au bout de son rêve. Elle se réveille » tandis qu’il met en cause le « paraître » : « dans le film de sa propre vie, elle fut un merveilleux second rôle ».
Parfois l’auteur met cette fois en évidence sa préoccupation philosophique : « Et l’éternel sujet, l’homme/ qui s’aphorise lui-même » nous dit Patrick.
L’humour prend régulièrement le contrepied de la réalité ce qui, en fait, la renforce : « Tous les hommes naissent inégaux, ne fut-ce que par ordre alphabétique », l’auteur tournant même en dérision sa propre démarche : « Avec tous ces mots jetés dans ce livre, il y aurait de quoi composer une grande œuvre », posant parfois quelques constats plus sérieux de façon convenue : « Au 19ème siècle on écrivait long, à présent on s’est essoufflé ».
Champion régulier de la forme brève, l’auteur accorde cette fois, de façon détournée comme il sait le faire avec un certain brio, une importance au proverbe : « A la misère comme à la misère », ce qui renforce une idée double entre ce qu’il écrit et la force de ce qui est suggéré, et ce, parfois, à deux lettres près comme avec « Qui se cherche se trouve ».
Il n’ignore bien sûr, pas non plus, le message sous-entendu : « Tous les égouts sont dans la nature » avec également des allusions aux grands thèmes ou aux grands courants existentiels : « à chacun sa part de néant/ qui ne demande qu’à être ».
Si tout est dit avec un certain détachement, la manière de Patrick se veut pacifique à trouver la note juste mais qui, entre le paraître et l’absurde, vibre aux bons endroits de lecture en posant l’essentielle question de ce qui détermine ou non l’individu et ses actes : « Ne vous fiez pas à la réalité, elle n’a aucun avenir ». Entre « Marche et rêve » , l’auteur nous incite à « nous débrouiller dans l’intervalle » et, franchement, lui se débrouille plutôt bien !
Patrick Devaux