François Salmon Merci pour la tendresse Éditions Asmodée Edern, (2024, 234 pp., 23€)
Un premier roman livré avec ses doutes et son mode d’emploi
Voici un premier roman, finaliste du prix Plisnier 2025, qui s’annonce résolument comme tel. En effet, il raconte d’abord l’histoire d’un jeune écrivain qui met son récit en abyme puisqu’il informe chaque lectrice ou lecteur des pensées qui le traversent au moment où il est en train de rédiger sa première œuvre romanesque. Il lui fait part de ses doutes et de ses difficultés à réussir une œuvre de longue haleine alors qu’il n’a publié jusqu’à présent que de courtes nouvelles.
Il aligne une poignée de personnages. Parmi eux, Lambert, jeune père, célibataire depuis la disparation mystérieuse de son épouse. Ce qui l’obsède à tel point qu’il croit la reconnaître assez fréquemment. Situation introduisant dans l’histoire une notion de suspense qui se maintiendra jusqu’au dénouement. Un autre événement s’adjoint à ce préambule : l’annonce de l’envoi d’un colis postal destiné à une infirmière à domicile, Monique, et dont on se demande à quel moment il parviendra à sa destinatrice et si bien qu’on s’interroge à propos de ce qu’il en adviendra.
Le lecteur ou la lectrice n’a donc pas à s’inquiéter. Il lui suffit de suivre ces personnages fictionnels auxquels s’ajoutent Jeanne, gamine de six ans et quelques, allergique à la conjugaison des verbes irréguliers et son grand-père Martin. Profitant de la présence de celui-ci, le romancier se permet d’offrir à qui sera plongé dans ce livre, un supplément de littérature. En l’occurrence, une variante d’écriture, celle du conte échafaudé pour le plaisir de la fillette. Occasion de glisser quelques interrogations de l’écolière et de son papy conteur afin d’avoir la certitude que le récit respectera les ingrédients qui correspondent à ce genre culturel traditionnel.
François Salmon reste néanmoins inquiet au sujet de son travail romancier. Pour se rassurer et tranquilliser chaque personne qui est en train de le lire, il lui offre des intermèdes, dans un style très différent, empruntés au genre biographique. Il profite du fait que Jeanne suit des cours de piano (où il est notamment question d’Erik Satie) pour esquisser plusieurs épisodes de son amour tumultueux avec l’artiste peintre Suzanne Valadon, tous deux personnalités bien réelles.
Rassurez-vous, cela ne complique en rien l’intrigue initiale qui poursuit ses propres rebondissements à travers divers lieux de Tournai. Et ce n’est pas non plus une fantaisie gratuite que ce lien soudain de la composition littéraire avec la musicale. Dès les premières pages, chacun est averti que ce livre sera divisé en quatre parties. Celles-ci correspondant aux couplets insérés d’une chanson d’Anne Sylvestre « Les gens qui doutent » et dont un des vers donne son titre au livre « Merci pour la tendresse ».
Bilan : le roman est bouclé ; les personnages dégagent une sympathie qui mêle l’humour, la bonhomie, l’envie de vivre ; les écritures se succèdent en variations diversifiées. On regrettera seulement que François Salmon n’aie pas échappé à la covid littéraire qui, depuis quelques décennies, contamine un nombre incroyable de romanciers francophones, y compris les meilleurs et même chez des éditeurs français considérés comme prestigieux : un recours fréquent aux auxiliaires d’infinitifs (pouvoir, vouloir, savoir, aller… + un infinitif) qui banalisent le style.
Michel Voiturier