Michelle Fourez, Élisabeth, en hiver, Avin, Luce Wilquin, 2018, 108 p.

Là où le temps finit par nous emmener

Si ce roman est parsemé d’allusions culturelles, créant un univers particulier comme Jean-Claude Pirotte aimait pratiquer dans ses textes, il est surtout le livre du passage vers la vieillesse, le temps des capacités physiques et mentales amoindries, celui qui mène jusqu’à envisager l’euthanasie. Ainsi, Michelle Fourez poursuit  en écriture un cheminement dans la vie de personnes qui appartiennent à des couples fissurés, qui s’efforcent d’apprivoiser leur solitude : « C’est la pire des maîtresses. Intolérante. Intransigeante. Lorsqu’elle se sent menacée, la Solitude en appelle à son allié, le Silence. »

 Son Elisabeth arrive à la cinquantaine, dix ans après son divorce. Ses deux enfants sont partis loin et vivent leur propre vie. Elle arpente un bilan qui, du point de vue de l’amour, est plutôt décevant. Ses amants ne sont plus là. Son ex-mari est en train de subir Alzheimer. Noël approche. Les enfants reviendront et leur père annonce qu’il sera là aussi. Des retrouvailles qu’Élisabeth appréhende et espère.

Ce roman est en majeure partie à la deuxième personne du singulier. Il cultive à ce point de vue une ambiguïté qui permet de penser que le pronom ‘tu’ serait tantôt le narrateur (l’auteure ?) s’adressant à ses personnages, tantôt ceux-ci eux-mêmes en train de soliloquer en s’interpellant pour faire le point de leur existence.  Chacun, à travers les actes ordinaires du quotidien, aligne le parcours accompli, les blessures, les échecs, les bonheurs. À la manière d’un miroir qui nous serait tendu reflétant une nostalgie « qui a le goût du temps partagé et du bonheur d’être ensemble » tandis que la vie se bâtit sur les ruptures et les blessures.

Michel Voiturier