Monique Thomassettie, Oeuvres plastiques, Livre I, éditions M.E.O. 2020, 112 pp, 28 €

L’auteure écrit en page 4 de couverture: Ce catalogue renferme des oeuvres de diverses périodes: des symbolistes, des abstraites, des paysages imaginés, des oeuvres d’après nature  (portraits…)  Mais elle nous dit encore: Ces périodes ne se succèdent pas chronologiquement. Elles s’entremêlent, ont des récurrences. (…) D’ailleurs, ces définitions sont à revoir – j’en ai déjà parlé ailleurs. Mon appellation de périodes n’est pas un cloisonnement: il s’agit de divers aspects de ma créativité à la fois inquiète et curieuse.

Elle a bien raison. On aurait grand tort, en ce qui concerne du moins un peintre ou un écrivain doué d’une personnalité forte, de considérer les périodes comme un absolu, alors qu’elles ne sont que les reflets d’une époque sur une individualité: si celle-ci est assez forte, elle s’en détachera et s’en libérera dès que ce sera nécessaire. Ceci est d’importance. Quand elle nous parle plus loin de son inquiétude et de sa curiosité, c’est à mettre en rapport avec ce que nous venons de dire. Curiosité: une notion inconnue à ceux qui sont d’emblée satisfaits d’eux-mêmes (et de leur époque!). Mais c’est précisément la source de l’inquiétude: un risque à courir, que de quitter les rivages rassurants du présent pour explorer l’avenir et le passé (autrement qu’ en restant frileusement à l’abri de son propre présent). Baudelaire ne disait-il pas: .Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel qu’importe?, Plonger au fond  de l’inconnu, pour y trouver du nouveau.?

Dans cette perspective, les parentés, les influences se posent en d’autres termes: il ne s’agit pas tellement de Maîtres, mais plutôt de parents, de frères, dont les traces, en cette brousse infinie, recoupent les nôtres? Et s’il faut en citer, en ce qui concerne M.T., William Blake, ses peintures, et ses Chants de l’Innocence et de l’Expérience, ,qui sont à la base d’une expérience pleinement originale, d’un monde à peine sorti des mains de son créateur, ou encore Thoreau, qui a la même audace pour renouveler les problématiques en remettant tout à plat. Et si elle se réfère elle-même à Puvis de Chavannes, c’est, me semble-t-il, le privilège d’une paix chèrement payée, au terme d’une démarche qui n’a rien de confortable.

Dans les oeuvres symbolistes et abstraites, nous noterons la prédominance des bleus et des jaunes, en rappelant, à la suite de Michel Pastoureau, que le bleu est d’utilisation relativement récente en peinture – au Moyen-Age, les artistes utilisaient plutôt la couleur dorée pour leurs fonds. Mais, dans les paysagistes qui ont suivi, au Bas Moyen-Age et à  la période classique, le bleu dans les paysages était réservé aux lointains. Ici, bien souvent, ils se partagent le tableau. On notera aussi le retour fréquent du thème du cercle – mais c’est un cercle-tourbillon, une sorte d’origine du monde, plutôt que l’image de la perfection statique. Et, à côté du cercle, une verticale affirmée – que nous retrouverons dans le reste de l’oeuvre: cette cavalière fièrement campée au milieu du tableau – un peu comme la Cavalière Elsa de Mac Orlan, dans un tout autre contexte – mais venue là en ferme affirmation et comme annonçant la figure de la paix, que nous trouverons, sur la couverture du livre, calmement assise sur une sphère de pierre, entre pierres et arbres creux, et comme rassemblant en sa méditation plusieurs éléments du monde.

Dans la suite du livre, les couleurs vont se diversifier, les cadres vont se peupler, tantôt de foules non point nécessairement anxieuses, mais bien souvent fraternelles et occupées à des tâches heureuses et pacifiques, une sorte de Moyen-Age intimiste et proche de nous, rassurant, ou encore de scènes tirées de l’Evangile. Les arbres y ont souvent leur place, de même que les anges, mais ceux-ci mêlés à la foule qui les intègre au milieu d’elle.

Et puis, surtout, surtout, il y a ces enfants, ces enfants porte-joie et source d’une tranquille assurance, au milieu de ces nombreux dessins de visages aux regards acérés, aigus, en quête de l’autre, avec une prédominance marquée pour les yeux, le regard.

Voilà, je n’espère pas bien sûr avoir réussi à inventorier routes les richesses de ces oeuvres ouvertes sur le monde aussi bien que sur soi-même. Puissé-je du moins vous avoir donné le goût et l’envie d’ y aller voir par vous-même – car il s’agit en définitive d’un monde fraternel et accueillant.

Comme d’habitude chez cet éditeur, la mise en pages, la technique sont au-delà de tout éloge.

Joseph Bodson