Pascal Feyaerts Le carré de l’ovale Recueil symbiotique éditions Le Coudrier préface d’Yves Namur, Illustrations d’Amélie Lepage (2026, 56 pages, 20 euros)

Pascal Feyaerts libère-t-il le mot de sa pensée à l’instar de ce que disait Michel-Ange que par ailleurs il cite : « Michel-Ange disait/qu’il suffit de libérer/ l’ange de la pierre/ trop féconde » ?
Si on ne fait pas d’omelette sans casser les œufs de la poésie, Pascal nous gratifie d’un langage original où il s’incorpore au menu de lui-même : « je n’ai plus le temps de mentir/ c’est pourquoi j’ai besoin de masques ».
On peut également songer à Camille Claudel quand le poète s’initie à l’œuvre : « La poésie sert à libérer/ les anges cachés/ dans la roche intime/ du quotidien ».
Pascal est un dormeur éveillé aux consciences ultimes, aux rêves absolus dont il imprègne son écriture et sans doute sa réalité : « la seule caresse/ qui me plaît est celle/ du verbe/ Et qui sait ?/ l’avenir a peut-être des mains ».
On devine l’auteur douter entre l’ovale et le carré presque cités en oppositions conjugales alors que s’opère un manque distancié : « La gare suspend son souffle/ quand le train fait défaut ».
Le poète, modeste perpétuel, se dit « esquisse en pages » et en proie à un doute qui, in fine, lui est salutaire en ramenant la poésie à une conception imaginée physiquement parfois à son propre corps anatomique : « La poésie, un squelette/ qui se tisse de mots/ pour remplacer/ les os fragiles du temps ».
L’auteur est un sculpteur de mots en perpétuelle esquisse. Nul ne sait si de la pierre surgira l’ange ou son contraire tant « l’âme est une pierre/ qui doute de ses ciseaux » à devenir « le carré de l’ovale ».rappelant peut-être inconsciemment également « L’Homme de Vitruve » de Léonard de Vinci.
L’illustration d’Amélie Lepage symbolisant la résultante de cet état est particulièrement réussie et en symbiose avec la réalité pensante de l’auteur tandis que la préface d’Yves Namur rappelle le poète Guillevic sensible aux géométries et Héraclite d’Ephèse.

Patrick Devaux