Patrick Devaux, Baisers soufflés recueil de poésie paru chez Pierre Turcotte Editeur, Canada ( 12 euros, 54 pages).

Pourquoi ai-je cette impression, en découvrant le titre du recueil de poésie « Baisers soufflés » de Patrick Devaux, d’entrer dans « La Chocolaterie » de Johnny Depp ? Une illusion qui ne me quittera pas vraiment en feuilletant les pages de cet ouvrage qui évoque une certaine gourmandise, dans la façon du poète d’imprégner ses mots de miel et de douceur, d’une liqueur du temps passé, de son goût raffiné pour les images qui le suivent et le précèdent dans nombre de ses écrits.
Le poète n’en finit pas de faire ses adieux à des délices savourés au temps des cerises, et il arpente les gares où renaissent sur ses doigts un dernier baiser ou alors il longe des plages où traînent encore les traces de pas connus, dispersés par le vent.
Heureusement, il lui reste les mots, fidèles, obsédants, qui retiennent le temps, l’empêchent de glisser tout à fait dans l’oubli, entraînant avec lui baisers et sourires. Ont-ils été donnés ou seulement rêvés ?
Qu’importe. Page après page Patrick Devaux remonte et descend l’échelle de sa mémoire avec la même persistance, le même espoir de saisir l’insaisissable. Parfois une note d’humour se glisse sous sa plume, ou de nostalgie, une goutte de pluie du temps jadis.
Et quand le poète écrit : « La beauté / d’une gare / dépend / des / souvenirs / oubliés / sur / le quai / et / d’un baiser / soufflé / dans / une main  »  on est surpris de découvrir tout ce que l’on peut faire dire à une gare sur un baiser évaporé depuis très, très longtemps. Eh bien non, car le quai s’en souvient encore, et du baiser de ce jour-là et même de la main qui s’est ouverte pour le saisir et l’enfermer dans son éternité.
C’est donc bien ce que j’écrivais pour commencer, ce livre est un dessert, une gâterie sucrée qui se déguste sur un quai de gare où l’on attend, le cœur battant, je ne vous dirai pas qui, ou sur une plage où se profile au loin, déjà, une silhouette familière.

Isabelle Bielecki