Paul Willems, « Œuvres. Il pleut dans ma maison – Warna ou le poids de la neige », Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, coll. Archives du futur, 2018, 384 p. (25€)

Dans les coulisses d’une écriture théâtrale

Willems (1912-1997) reste un des plus intéressants dramaturges belges. La réédition (enrichie de notes critiques) de deux de ses pièces particulièrement denses, révélatrices de son écriture et de son univers lui rend un hommage essentiel. Ce travail de Christophe Meurée permet en outre de suivre sa démarche créative grâce à la comparaison de versions successives, d’entrer dans son monde poétique en approchant les sources de son œuvre.

L’écrivain a toujours pressenti « l’urgence de sortir de l’exigence réaliste ». Loin d’un théâtre de réflexion, ses pièces cherchent d’abord à créer des sensations à travers un monde décalé du réel. Sa langue s’avère « volontairement simple, composée de mots ’usés’, de phrases courtes, du moins d’adjectifs et d’idées possible » pour naviguer entre ludique et tragique.

La guerre l’a marqué. Le temps qui passe l’obsède, la nostalgie du paradis perdu le hante, l’amour inaccompli l’interroge. Il met en cohabitation rêve et réalité car, selon lui, « Le théâtre est le lieu où s’épanouit l’irrationnel ». Avec « Il pleut dans ma maison », il s’agit d’une habitation délabrée d’où les locataires devraient être expulsés afin qu’on puisse la vendre. Mais la fantaisie de ceux-ci s’oppose à cette contrainte brutale. Cette comédie parvient à trouver un équilibre entre le quotidien et le fantastique. « Warna ou le poids de la neige » est inspiré par La princesse des neiges d’Andersen. Dans une auberge elle aussi délabrée, les personnages y confrontent leur désir de vivre dans le rêve avec la réalité dont ils s’abritent du mieux qu’ils le peuvent.

Les recherches de Christophe Meurée permettent de suivre de quelle(s) manières(s) un auteur retravaille son texte initial et pourquoi. Les contraintes scéniques, les volontés des metteurs en scène, les réactions des comédiens sont autant de nécessités à remanier répliques ou situations. Mais l’écrivain a aussi des perceptions qui évoluent au fil du temps, son écriture se modifie. Toutes choses que ne perçoivent pas, évidemment, un spectateur ou un lecteur lorsqu’ils découvrent une œuvre pour la première fois.

L’intérêt de cet essai est de pénétrer au cœur de ces hésitations, de ces amputations ou ajouts à une version originelle. Il est aussi de remonter à la source qui a engendré une œuvre, que ce soit à partir de souvenirs culturels de livres lus antérieurement ou d’un imaginaire collectif, que ce soit en fonction de l’imagination ou du psychisme du créateur. On pénètre alors dans cette espèce de cuisine intérieure ignorée du public, ponctuée de certitudes et de doutes où, comme lors d’une enquête policière, on découvre des indices qui éclairent.

Michel Voiturier (03.12.2020)