Philippe Fiévet La brûlure indienne roman
Éditions MEO, (2024, 234 pp., 23 €)
Ce livre est un récit de vie, celle du collectionneur François Chladiuk, appelé Frank dans le livre, propriétaire haut en couleur du Western Shop à Bruxelles.
Il dit, lors d’une interview, « Je pense que l’on naît collectionneur : petit, je jouais aux cow-boys et aux Indiens, influencé par la télévision et les séries comme Bonanza. Et j’ai continué à jouer, tout simplement… ».
Sa vie bascule en 2004 lorsque le hasard met sur sa route, chez un brocanteur, plusieurs malles remplies d’objets amérindiens, dont il fait l’acquisition. Il identifie des pièces authentiques des années 1920-1930. Parmi ces objets, il découvre un agenda daté de 1956. Quelques noms indiens s’y trouvaient notés. Le propriétaire de cet agenda, un certain Auguste Hermans, était le premier acquéreur des objets, achetés en 1935 lors de l’Exposition universelle de Bruxelles à un groupe de quinze Indiens Sioux. Frank recherche des photos datant de cette époque, ce qui lui permet d’identifier 34 des pièces de la collection, ainsi que le nom des familles indiennes qui étaient à Bruxelles en 1935.
Dès lors, la quête est lancée. Il se rend aux États-Unis pour rechercher des Indiens identifiés sur les photographies et retrouve, dans la réserve de Pine Ridge (Dakota du sud), les derniers descendants des Littlemoon, une des familles Lakota présentes à l’Exposition universelle. Il se lie d’une amitié sincère et durable avec l’un d’eux.
Au-delà de l’éclairage apporté sur l’histoire et le quotidien des Lakota, ce qui rend ce livre particulièrement intéressant, c’est la lumière qu’il jette sur le monde des collectionneurs, sur la passion qui les fait vivre et parfois mettre au second plan des pans entiers de leur vie intime. Quels sacrifices est-on prêt à consentir pour parfaire le chef-d’œuvre et assurer sa pérennité ? Frank a légué sa collection au Musée des Confluences de Lyon (où elle avait été exposée en 2021) afin qu’après sa mort son intégrité soit préservée.
Joëlle Aubevert