Philippe Van Ham Les petites choses Confidences de témoins silencieux contes courts Collection Confidences éditions UltraLetters (74 pages, 2026, 10 euros)
Faire grand cas, et à juste titre, de « petites choses » mises en scène dans leurs fonctions premières détournées humainement et dans un milieu hospitalier, demande non seulement d’avoir un sens aigu de l’observation mais également d’éprouver une certaine empathie pour qui les utilise. C’est ce que fait l’auteur avec brio dans ces textes courts. C’est que les objets, non contents d’être utiles, prennent ici la parole, ainsi pour « le petit carnet d’adresses » : « Il y a bien cette infirmière qui m’a parcouru une ou deux fois. Au début j’ai pensé : « Quelle imprudence ! Quelle indiscrétion ! Mais après, je ne sais pour quelle raison, cela m’a donné un peu d’espoir, une folie bien sûr ! Que pourrait-elle faire avec moi ? Mais les humains ont parfois des comportements qui nous échappent, à nous, les objets ».
C’est avec beaucoup d’humanité que l’auteur, qui fut bénévole à l’hôpital pendant de nombreuses années, racontant également des histoires depuis toujours, met en scène ces « petites choses » si importantes pour combler parfois l’une ou l’autre solitude ou attirer l’attention détournée d’un visiteur ou d’un malade en soins palliatifs alors que cet objet devient parfois également essentiel pour un ultime regard : « Gaspard faisait aussi tic-tac d’une certaine manière. Mais de moins en moins de tic-tac. Il me jetait de moins en moins de regards et je me rendais bien compte que je n’indiquais pas la date et que, en conséquence, pour lui, un jour en durait finalement plusieurs. C’est la dilatation du temps propre aux mourants, je présume ? ».
A l’occasion l’objet fait également figure de trace laissée quand il s’agit de reflets : « Justine grandit et m’emmena dans son cartable, à l’école. Je fus souvent confisqué, bien sûr ! Les professeurs apprécient peu les reflets qui courent sur les murs, sur les plafonds et sur leur bureau ! Les camarades qui ont été éblouis cafardent et puis…Une semaine dans un tiroir à ne rien refléter du tout ! C’est dur pour un miroir, je vous le dis ! C’est que, même mis sur pause, les objets ont de la répartie ! »
Ce livre, avec tendre modestie, est dédicacé à Claire Kebers, formatrice à l’écoute palliative, Paola Connor illustrant la couverture avec délicatesse et subtilité.
Patrick Devaux