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Ron Dorlan, Chez ces gens-là..., roman, éd.bernardiennes, 2018

N’était-il pas trop tôt pour faire figurer les attentats  du 22 mars 2016 dans un roman? Alors que pour beaucoup, les plaies sont encore ouvertes? Il est vrai que Ron Dorlan le fait un peu par la bande, en faisant alterner un chapitre qui traite des attentats de mars 2016 et un chapitre qui a pour objet la mise à sac par les croisés, en 1098, d’une ville syrienne,Ma’arra, dont les habitants furent passés au fil de l’épée, comme le seront aussi les Juifs et les Arabes de Jérusalem par la suite. Oui, me direz-vous, mais il y a une telle distance entre les deux époques, les moeurs ont tellement évolué, de notre côté du moins, nous sommes des civilisés, nous…on peut avoir des convictions, mais respecter celles des autres…et puis, pourquoi s’en prendre à des innocents, qui ne sont même pas, le plus souvent, fidèles d’une religion?..

Civilisés, nous? Et depuis quand? en 1789, lors de la révolution brabançonne, un quidam fut massacré par la foule parce qu’il ne s’était pas découvert au passage d’une procession. Vers 1870, guerre scolaire:on prive de sépulture au cimetière les instituteurs considérés comme traîtres, dans un village proche de Saint-Hubert, une religieuse mène ses élèves cracher sur las tombes des francs-maçons.  En 1954, effectivement, les moeurs s’adoucissent: on donne comme consigne aux pratiquants de ne plus consommer de moutarde Bister ni de chocolat Victoria, denrées qui sont aux mains de patrons libéraux…Oui, c’est vrai, les moeurs s’adoucissent. Mais, entre-temps, il y a eu Auschwitz. On essaye de camoufler, mais les massacres d’opposants en Russie ne peuvent effacer Auschiwtz. Ni Hiroshima, même si ce fut au nom de la liberté. Une conscience bien propre ne peut effacer les massacres perpétrés en son nom. Oui, la tolérance, elle est toujours devant nous, et non derrière. Ou si peu. Il reste un long chemin à faire. Sans compter, bien sûr que les intérêts matériels des grandes puissances ne cessent d’interférer. La tolérance, c’est la tolérance moins le pétrole…Et la violence entraîne la violence. Toujours.

Tout cela pour vous dire que sur le plan des idées, le livre de Ron Dorlan est cohérent. Et son érudition, très poussée aussi bien en ce qui concerne les attentats que les massacres de la croisade, très poussée.

De plus, en ce qui concerne les attentats, il a recours à un procédé qui n’est pas nouveau. Jules Romains en a usé dans Les hommes de bonne volonté,  lui qui fut promoteur de l’école de l’unanimisme; beaucoup de romanciers, américains surtout, et de scénaristes américains ont fait de même. Le plus souvent, les chapitres concernant les attentats sont vus par les yeux d’une personne différente, le plus souvent une des victimes. Et le livre se termine sur une sorte d’apothéose.

Un roman bien construit, bien écrit, et qui, bien sûr, prête à penser. N’oublions pas que la violence – je dis bien la violence, et non la force, – est toujours, en réalité, l’arme des faibles, de ceux qui n’ont que ce moyen pour imposer leurs vues.

Joseph Bodson