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Thierry-Pierre Clément, Approche de l’aube, Ad Solem, 2018.

Le nouveau recueil de Th-P. Clément est tout orienté vers la lumière, celle du jour naissant, celle du rayonnement des richesses naturelles, celle surtout de l’esprit qui illumine le visible et palpite au cœur de l’invisible. D’une grande sobriété, dépourvue de signes de ponctuation et de rimes, de majuscules et de titres pompeux mais non de références littéraires qui annoncent les textes, souvent courts sur le modèle du haïku ou plus longs comme des itinéraires, le livre s’ouvre littéralement à l’aurore comme aux bras d’une femme longtemps désirée. Nous sommes ici aux antipodes du poème rimbaldien, Aube, dans lequel le jeune démiurge, armé de son « je » conquérant, s’en va posséder le corps de l’astre au fil d’une narration lapidaire et foudroyante. A l’inverse, chez Clément, tout est attente, douce impatience, interrogation, étonnement aux lisières, poignante mélancolie, espérance intense d’une transcendance sans nom mais non sans présence envoûtante. Poésie franciscaine qui s’émeut d’un frissonnement d’aile, d’un déploiement de pétale, d’un pastel de nuage, de tout ce qui signifie simplement qu’il y a nécessité d’une attention permanente au monde si l’homme veut échapper à la surdité du désespoir qui nous guette à chaque pas du temps vers l’usure ou le vide. Seul au monde/ tout au monde, nous souffle le poète en nous invitant à tous les compagnonnages qui nous sont offerts durant notre chemin de vie. On ne peut que dire merci aux merveilles rencontrées, et si elles sont si brèves parfois, elles aiguisent davantage l’attente, cette attente magnifique qu’évoquait déjà André Breton et qui serait plus importante encore que le moment de l’événement. Poésie aussi de la perspective, de l’approche, de la question bien plus que celle de l’objet poétique achevé et lisse comme un tableau. Le préfacier Jean-Pierre Lemaire relie cette écriture à la grâce du geste des personnages de Vermeer plus qu’à l’œuvre pleine, souveraine et quasi immatérielle du maître hollandais. A chacun sa manière, son rapport à la poésie : chez Clément, seul le désir du dévoilement, de l’accueil fervent, de l’élan vers le mystère de l’apparition et du renouveau est célébré en mots cristallins et murmuré en musique méditative. La sienne, celle de sa voix familière ou celle d’un tocsin solitaire/et qui semble perdu/au milieu des marées ? A nous, lecteurs de la page éblouie, s’offre la liberté d’entendre l’appel et d’interpréter son message…

                                                                  Michel Ducobu