Tuiles jumelles, Patrick Devaux, Le Coudrier, 2026, préface de A Vocanson, illustrations de C Berael

J’ai lu ce nouveau recueil de Patrick Devaux en songeant, en parallèle, au récit « De porcelaine » (publié en 2018 également au éditions le Coudrier), où il témoignait de la violence dont il avait été victime de la part de son beau-père et de sa « survie d’enfance ». Son frère jumeau handicapé y était déjà discrètement évoqué.
« Tuiles jumelles » lui est dédié. Un recueil sobre et pudique, jamais plaintif, sans trace de rancœur. Avec beaucoup de non-dits, mis d’autant mieux en exergue par la présentation propre à Patrick Devaux, en frêles vers ultra minces, le poète « raconte » au présent les vies parallèles des jumeaux, si différents et en même temps si proches, ses souvenirs d’enfance – ceux de Patrick car son frère ne se souvenait de rien-, tous ces moments passés ensemble dans l’entreprise de tuiles du grand-père.
Deux destins d’enfants liés par une sorte d’enfermement. Enfermement dans une cour où « entre les échelles à rêves/dépassaient des morceaux de toit » ou, « au-dessus des murs/une rare promesse d’arbre ». Liés par leur « double regard » sur ce minuscule morceau de monde, réunis par le « frère silencieux fermé à double tour dans sa marche » et qui « se rattrapait à ses (mes) yeux ». Unis/désunis par la force des choses : « Le canari siffle sur deux notes/une pour lui/une pour moi/oiseau muet pour lui/et lui/muet pour moi »; « l’ouvrier premier rit/ciment collé sur lui/grand cache-poussière gris/parfois avec deux bonbons jumeaux/dans les poches/je tends la main/ pour deux ».
Le harnais du frère revient souvent, texte après texte, à la fois symbole et peut-être souvenir un peu obsessionnel. Ce harnais que l’enfant Patrick doit continuellement tenir pour que son frère reste debout. « harnais au clou rouillé/il dort et je joue/je profite de/la rareté » .
Le recueil rend aussi généreusement hommage au grand-père qui les a élevés.
« grand-mère a dit/dis bonjour c’est ta maman /j’ai dit bonjour madame/c’est qui maman ? » .
Un recueil mélancolique, tendre et courageux où en définitive, l’amour tient la meilleure place.

Martine Rouhart